Théodora : l’ascension de la “Boss Lady”

28 janvier 2026 - 15:00 - 405 vues

Il y a encore deux ans, le nom de Lili Théodora Mbangayo Mujinga ne résonnait que dans l’intimité des studios de la banlieue parisienne et sur quelques vidéos TikTok. Aujourd’hui, avec cinq nominations aux prochaines Victoires de la Musique 2026, Théodora n’est plus seulement une artiste, c’est un phénomène de société. Lili Théodora Mbangayo Mujinga née en Suisse le 23 octobre 2003, dans une famille immigrée congolaise dont les parents sont des opposants politiques, contraints de quitter leur pays. Elle connaît plusieurs déménagements entre la Grèce, le Congo, La Réunion puis Bordeaux, Rennes et Fougères (Bretagne). Durant sa jeunesse, son père travaille dans le domaine militaire comme praticien militaire, ce qui fait que sa famille a dû s’installer dans plusieurs pays. À 17 ans, elle quitte sa famille pour se lancer dans la musique. Ce n’était pas une fuite, mais une quête de liberté créative. Dans une interview confession pour le format “Small Talk” de Konbini, elle confie que ce départ jeune de son cocon familial a été le moteur de sa rage de vaincre : “Quand tu pars de chez toi avec rien d’autre que tes maquettes, tu n’as plus le droit à l’erreur. Tu es obligée de réussir pour prouver que ton sacrifice avait un sens.”

L’expérimentation en famille

C’est dans cet isolement qu’elle a affiné cette esthétique singulière, loin des regards et des jugements, transformant sa chambre en un laboratoire d’expérimentation. Mais contrairement à beaucoup d’artistes qui cherchent des mentors extérieurs, Théodora a trouvé son alter ego chez son frère, Jeez Suave. De son vrai nom Jean-Joseph Mbangayo Mbaka, il est plus qu’un simple compositeur, il est un véritable directeur artistique, celui qui a su transformer les inspirations électriques de sa soeur en un genre musical à part entière. Dès le début des années 2020, le duo fonctionne en milieu fermé. Lui à la production, elle à l’écriture et au chant. À cette époque, elle n’est qu’une étudiante qui partage ses “outfits” et ses morceaux sur les réseaux. Elle se définit comme une fille “alternative”, attirée par une esthétique plus sombre et rock que les standards du RnB français. C’est aussi à ce moment-là qu’elle forge son identité de “fille bizarre”, loin des stéréotypes imposés aux jeunes femmes noires dans l’industrie.

L’ovni « Kongolese sous BBL »

Le véritable “phénomène” Théodora commence avec un séisme sonore : “Kongolese sous BBL”. Sorti en 2024, le morceau est un ovni. Il mélange l’énergie brute du bouyon qui est une rythmique dominicaine, avec des textes qui jouent sur l’ego-trip et l’identité. Selon le rapport annuel du SNEP 2024, le titre devient l’un des sons les plus utilisés sur TikTok en Europe francophone, propulsant le morceau au rang de single d’or en un temps record. C’est une musique de club ultra-efficace portée par une image de “Boss Lady” impériale, presque distante. Elle ne cherche pas à plaire, elle impose. Mais cette ascension fulgurante s’accompagne d’une vague de critiques sans précédent. Sur les réseaux sociaux, on moque son articulation, son style vestimentaire audacieux ou l’arrogance de ses textes. Ce phénomène de rejet, souvent analysé par des médias comme l’Humanité ou Le Monde, est le miroir de celui vécu par Aya Nakamura quelques années plus tôt, une difficulté d’une partie du public à accepter une femme noire qui dicte ses propres règles. Sa réponse à cela ? Le travail. Elle enchaîne avec l’EP "Lili aux paradis artificiels", puis son premier album studio “Mega BBL”. Elle y diversifie ses sonorités, prouvant qu’elle peut kicker sur du rap pur comme sur des ballades mélodiques.

L'année de la consécration

En novembre 2025, le magazine GQ France la nomme “Femme de l’année”. Ce n’est plus seulement la chanteuse à succès que l’on célèbre, mais l’icône de mode et la figure de proue d’une génération qui refuse les étiquettes. Son entrée dans le jury de la saison 5 de Nouvelle École sur Netflix, début 2026, finit d’asseoir son autorité. Elle y apporte un regard neuf, axé sur la direction artistique globale plutôt que sur la simple technique de rap. Aujourd’hui, alors que nous sommes en janvier 2026, Théodora est au sommet. Avec 5 nominations aux Victoires de la Musique, dont le Meilleur Album et Chanson de l’année, elle est la grande favorite de la cérémonie qui se déroulera le 13 février 2026. Ses concerts aux quatre coins de la France, tous complets, prouvent que son style musical plaît, et que tout son dur labeur a payé.

Par : Bérénice Kbidi

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