Singuila "Les gens me voient comme quelqu’un qui fait parti de leurs vies"

24 avril 2017 - 763 vues

C’est l’évènement du rnb français, Singuila est de retour avec une succession de tubes que vous connaissez déjà, « Rossignol », « Retour de flamme » ou encore « Ay’ Mama ». Vous les retrouverez tous sur son nouvel album « Entre Deux », sortie le 21 avril. L’artiste a su merveilleusement mélanger musique afro avec beat occidentaux, et sa voix unique fait encore merveille. Découvrez son échange avec notre journaliste, Hanazade.

 

Hanazade : Bonjour Singuila, enchantée de te retrouver à l’occasion de la sortie de ton nouvel album aux rythmes très afro.

Singuila : Bonjour Hanazade. Comme l’album s’appelle « Entre Deux » je voulais qu’on retrouve une petite touche d’originalité mais je ne voulais pas qu’il soit purement afro. Pour moi quand on fait de la musique c’est important d’apporter sa touche personnelle.

H : Ca ne date pas d’hier que tu touches à différents styles.

S : Oui, j’aime tester. Comme j’ai ma sensibilité musicale à moi, dès que je vais composer une chanson on va reconnaître ma « patte ». Alors essayer de mettre cette « patte » dans un autre genre, c’est toujours bien. La dernière fois j’ai testé des choses qui sonnaient un peu plus asiatiques. Afro j’ai déjà fait, latino j’ai déjà fait, même des morceaux un peu plus arabisants j’ai fait. J’aime bien voyager comme ça. Ici ce sont des sonorités afro et occidentales. Des morceaux vont sonner un peu plus américains, comme le morceau « I Love Paris ».

H : J’ai su que tu faisais parti d’un groupe de rap « Psyché Poétique ». On te retrouvera sur ce registre ?

S : Oui, mais j’ai toujours chanté. J’ai toujours fait de la mélodie. J’ai commencé à chanter dans ma salle de bain d’ailleurs. Mais ma première expérience de chant était au sein d’un groupe de rap.  De temps en temps j’avais des couplets, et dans mon écriture je devais rester dans le même thème que les autres. Je rappais mais je faisais beaucoup de refrains chantés. Je m’entrainais à côté pour avoir un bon niveau en rap, mais je ne me suis jamais senti assez fort en tant que rappeur. En chantant j’avais vraiment plus l’impression d’ajouter une émotion ou une vibe que les rappeurs n’avaient pas. Du coup j’ai préféré laisser ça aux autres.

H : Dès qu’on t’entend en radio on te reconnaît, d’où te vient cette voix si spéciale ?

S : J’ai appris à chanter tout seul, et c’est depuis peu que j’ai pris quelques cours de chant pour un peu plus maîtriser ma voix. Au début je ne voulais pas prendre de cours, pour ne pas ressembler aux autres. J’avais peur qu’en prenant ses cours, ça aseptise mon style. Tu sais quand il y a des choses que tu ne sais pas faire, tu fais comme tu peux. Et avec ce comme tu peux, tu inventes parfois des solutions et tu crées un style qui t’es propre. C’est dans ce sens là que je n’ai pas voulu prendre de cours, pour justement créer quelque chose de particulier, avec une touche roots. Je ne voulais pas avoir une voix trop belle, trop lisse, qui fasse Disney. Je voulais que malgré mes fausses notes, on capte ma mélodie, et mon intention.

H : Oui, je pense que c’est ça qui a fait ton succès immédiat. On a pu te reconnaître très rapidement. Tu as enchainé les tubes « Aïcha », « Ma conscience »…

S : La première fois que je suis arrivé en radio c’était avec « Ma conscience ». Dans l’intro de la chanson je m’étais présenté. C’était pour une radio. C’était « Moi c’est Singuila, et j’ai un problème. Je suis entre deux femmes et je ne sais pas laquelle choisir. » Donc j’ai dit ça en parlant et ensuite la chanson a commencé. Et de suite les gens se sont sentis proches, ils se sont dit « Ok, qu’est-ce qui va nous raconter. » Et les gens qui ont aimé ce titre l’ont fait écouter à d’autres personnes. Et je suis arrivé tout de suite en tant que conteur. Par la suite les morceaux se sont enchaînés. Et les gens cherchés à connaître la prochaine histoire de Singuila.

H : Et donc tu es un conteur. Tu es beaucoup inspiré par les femmes. On peut dire que c’est autobiographique ?

S : Parfois c’est autobiographique, parfois ce sont les histoires de mes proches que je vais raconter. L’amour tu sais c’est intarissable. Tout le monde va vivre l’amour, les jeunes, les vieux. Quelque soit la langue que tu parles il y a l’amour dans ta vie. Tout le monde est à la recherche de l’amour, le mec le plus beau comme le mec le plus moche. Donc c’est bien d’en parler. Surtout qu’en matière d’amour les gens ne veulent pas rentrer dans certains sujets.

H : Il y a des tabous selon toi ?

S : Oui, y a plein de gens qui en écoutant mes chansons me disent « Putain, moi si je raconte ça à ma meuf elle me tue. Ou je vais être mal perçu. » Du coup quand moi je rencontre une femme qui me plait elle est vachement sceptique. Les gens croient que c’est facile pour moi, parce que je suis chanteur. Mais vu ce que je raconte, les filles se disent au mieux on va flirter un ou deux jours, ce sera sympa, mais il ne faut vraiment pas s’attacher à ce mec là. Et les femmes intelligentes elles ne veulent même pas commencer, j’ai direct un barrage.

H : Tu as vraiment chanté tous les scénarios qui font peur. On te surnomme le « lascar lover ».

S : A la base c’était pour prévenir, maintenant ça se retourne contre moi. J’aime taquiner. Dans la chanson « Ay’ Mama » la fille veut le mec parfait. Elle est à la recherche du parfait gendre et moi je dis non, je suis là pour m’amuser. Et un mec qui dit ça à une nana en général ça les fait fuir. Mais chez moi ça devient marrant.

H : Tu ne mâches pas tes mots…

S : Oui, je ne mâche pas mes mots. Mais je pense que c’est ça le plus avec moi. C’est ce qui fait que les gens m’aiment bien. J’écris comme on parle. Je dis les vérités, je dis les choses. Je ne cherche pas à plaire.

H : Tu écris tous tes textes ? Quelles sont tes collaborations ?

S : Oui, j’écris tous mes textes. Et de temps en temps c’est avec mon co auteur Dave. Il est également mon manager. En tant qu’artiste on est plus sensible à des choses qu’à d’autres. Y a certains artistes qui arrivent à composer et à créer de la musique qui me parlent. Ils peuvent se mélanger à mon style car ils savent d’adapter. Ils ont chacun leur projet qui arrivent ou qui est déjà arrivé, mais ils savent s’accorder et on parle la même langue. Ils ont tous écouté ce que je faisais et ils ont une vision de ce qui doit rester, les petites touches qui font que c’est Singuila.

H : Rossignol a été un franc succès.

S : Oui, même à Harlem. J’étais allé voir un pote, un grand frère, et dans une voiture il y avait Rossignol à fond. Les gens m’ont vu et se sont garés directement. Ils ont lancé le son et il y a plein de gens qui se sont arrêtés chanter. Je me suis dit même ici, aux Etats-Unis, il y a des gens qui connaissent la chanson. J’ai même posté une vidéo sur mon Facebook. Suite à ça on a été contacté par un organisateur et on a fait un concert à Harlem.

H : Tu as tourné un clip aux Etats-Unis, « Retour de flamme » ?

S : Oui, ce n’est pas le premier que je tourne. On est allé à Miami. Avant j’avais tourné « Qu’est-ce qu’elle est bonne », avec Soprano. J’aime bouger, j’aime faire voyager les gens. J’ai la chance de beaucoup voyager par la musique. J’essaie d’en faire profiter mon public que ce soit musicalement comme visuellement. A chaque fois j’essaie d’avoir une perspective différente. Je grandis artistiquement et ce qui fait la différence avec nous et les américains, c’est qu’avec eux la dimension est énorme. Les artistes ne sont pas forcément meilleurs là-bas. C’est juste qu’ils se rendent comptent qu’il y a différents axes à travailler. L’artiste ici va travailler sa voix, ses textes et après le clip sera juste un moyen marketing. Pas tous, bien sûre. Y en a qui rajoute la dimension sur scène, une belle déco, un contexte plus théâtral sur scène. Les américains c’est systématique. Ils bossent tout. Il se fera coacher, physiquement, vocalement. Des stylistes et des marques s’ajoutent à ça, et de suite il prend une dimension de suite plus élevée.

H : Toi tu essaies ?

S : J’essaie un minimum. Mais ce n’est pas facile. Je compose et j’écris moi-même les chansons. Donc ça me prend déjà beaucoup de temps. Si en plus je dois prendre des cours de danse, et faire ça et faire ci, c’est beaucoup de chose à gérer. Mais je vais essayer quand même de m’améliorer et d’évoluer.

H : Une de tes chansons t'a particulièrement marqué?

S : Le truc c’est qu’il y a des gens qui ont oublié des chansons et quand je les fais sur scène ils font « Ah ouais ». Ca devient un voyage où ils repensent à ce qu’ils ont vécu par rapport à cette chanson ou à une autre. Tu sens qu’on quitte le concert et que c’est un moment de vie. Et à ce moment je sens que les gens ils m’aiment, ils me voient comme quelqu’un qui fait parti de leur vie.

H : Tu as fait encore plein de chansons que le public va adorer. Certaines sont très personnelles. Notamment « Le Fan », où tu as fait participer le public. Tu as organisé un concours auprès de tes fans, pour qu’ils t’envoient leurs textes avec leur histoire.

S : Oui, j’avais fait ce concours sur l’album précédent. Il y a eu un gagnant et j’ai écrit l’histoire de sa chanson. Le concours c’était « Ecris-moi ton histoire et j’en ferais une chanson ». Il y a eu un gagnant et j’ai fait la chanson. Puis après ce concours il y a quand même du courrier qui a continué à arriver. Je l’ai lu et je suis tombé sur la lettre d’un fan qui est malade.  Il me racontait sa petite histoire et le fait que la musique lui permet de s’évader alors qu’il est sur son lit d’hôpital. Et ça m’a vraiment touché. Donc pour lui rendre hommage j’ai écrit cette chanson.

H : Tu pourras réutiliser ces courriers alors ?

S : Si je tombe sur un courrier qui me touche autant sans soucis je recommence. Après quand je dis touchant ça ne veut pas dire une histoire qui fait pleurer. Il y a de très belles histoires, très chaleureuses que j’aurais plaisir chanter aussi.

H : « Mon père c’est ma mère »

S : C’est un hommage à ces femmes qui se battent, et éduquent seules leurs enfants. Il y a eu beaucoup de chansons sur les enfants qui ont grandi en famille monoparentale. Peu de couple reste ensemble toute leur vie. Divorcer est devenu monnaie courante. Les codes ont évolué. Dans mon père c’est ma mère je voulais mettre en avant le côté femme forte. Je ne voulais pas parler de souffrance. Je voulais montrer la fierté d’avoir une mère comme ça. C’est une chanson positive.

H : Il y a une chanson que les fans attendent aussi beaucoup c’est « Ca devient chaud ».

S : C’est la suite d’une chanson que j’avais fait dans le précédent album et qui s’appelle « Préparatif ».  J’expliquais tout ce que je préparais avant qu’une meuf arrive. J’attendais une nana dans quelques heures et quand elle arrive il fallait absolument qu’elle tombe dans mon lit. J’ai mis la capote sous le matelas, j’ai parfumé les draps. Tout plein de choses en œuvre, j’ai fait des pompes et tout ça. C’est vrai qu’il y a beaucoup de mec qui se sont inspirés.

H : Oui c’est comme si tu donnais un mode d’emploi !

S : Oui. Mais il y a aussi des femmes qui ont écouté. Quand elles arrivaient en rendez-vous elles avaient compris. Elles demandent même à soulever le matelas. Alors est-ce que les préparatifs ont marché ou pas ? Vous allez le savoir dans « Ca devient chaud ».

H : C’est un peu à la R. Kelly.

S : Exactement, c’est une série.

H : Bientôt un featuring avec une femme, on t’entend souvent avec des hommes ?

S : Ca devrait se faire. Pour « Ca devient chaud » j’ai appelé Lynshaa pour les chœurs. J’adore son grain de voix, et elle a un côté un peu sensuel. Quand tu regardes ses clips, quand tu la voix, elle est sensuelle. Et voilà, je voulais que quand on imagine l’histoire on imagine une fille jolie comme Lynshaa. C’est pour ça qu’elle a posé sa voix pour me répondre.

H : On a dore cette idée et on a hâte de vous entendre.

S : Merci.

Propos recueillis par Hanazade

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