Abou Debeing "Pour moi la musique n'a pas de format"

02 avril 2017 - 533 vues

Soul Addict est fan d’Abou Debeing, le nouveau talent du label Wati B. Le coup de cœur est nait du featuring avec Still Fresh « Je te vois ». De nombreuses collaborations ont conquis le cœur du public, notamment avec Shin Sekaï, Dry, Aya Nakamura, ou Dr Beriz. L’artiste a su mélanger à la perfection ses influences, et créer une musique unique, mélange de sonorités urbaines et musique africaine. On attend avec impatience son premier album « Debeinguerie ». Généreux, il comptera de nombreux titres à son image. Suivez son entretien avec Hanazade.

Hanazade : Enchantée de te rencontrer à l’occasion de la sortie de « Debeinguerie », la première question est sur ce titre très original. Debeing c’est ton nom de famille ?

Abou Debeing : Non, mon prénom c’est Abou et Debeing c’est de l’argo ivoirien. En ivoirien « Being » c’est la France. « Debeing » c’est de la France. Donc Debeinguerie c’est la contraction de Debeing et dinguerie. C’est un jeu de mot qu’on m’a collé et que j’ai gardé. Ce sont des amis il y a dix, douze ans qui ont commencé à m’appeler comme ça. Ca les a fait rire et je l’ai gardé.

H : Tu es d’origine ivoirienne donc, mais tu es né en France ?

AD : Oui je suis né ici, dans le 15E à Paris, à l’hôpital Boucicaut. Mais j’ai beaucoup la culture ivoirienne. Mes parents sont 100% ivoirien, je suis beaucoup ce qui se passe là-bas. J’ai une grosse culture.

H : Oui, ça s’entend. Et ça nous fait plaisir car grâce à toi on connaît un peu plus la culture ivoirienne. C’est quelle langue en fait ?

AD : Il y énormément d’ethnies en Côte d’ivoire, mais moi je parle le Dioula.

H : Ton hit «TaCaTwa » est un hommage à Paris.

AD : Oui c’est plus un délire. Je suis le foot et c’est un clin d’œil à l’équipe et à Serge Aurier. On est parti sur ce délire là.

H : Tout ton album est beaucoup dans cette dynamique. On a l’impression que beaucoup de tes titres partent d’un délire entre potes et qu’on entend vos conversations.

AD : Pas tout le temps, mais généralement on est en équipe. Moi j’ai plusieurs phases d’inspiration. Des fois je suis seul chez moi et je suis inspiré. Je peux être avec mon équipe, mes gars, et je suis inspiré. Ou je peux être dans une sortie en boîte et la musique, et certaines scènes qui vont se passer dans la boîte vont m’inspirer. Je m’inspire de tout en fait.

H : On voit vraiment une double identité dans cet album. On peut croire  que tu es le parisien de base qui s’amuse avec ses amis et joue au foot, et d’un coup tu nous téléportes en Côte d’Ivoire avec des rythmes plus traditionnels comme avec le titre « Comme un enfant ». Et j’adore le titre avec Aya Nakamura « Sorry ». Tu tenais à ce mix de culture ?

AD : Pour moi la musique n’a pas de format. Quand tu fais de la musique tu peux tout mélanger, du rap à de l’afro ou de la variété. J’ai fait ce qui m’a inspiré. J’ai voulu faire un projet qui avait quand même du fond. Comme avec les titres « Mon petit », « Il est sortie » ou « Un de perdu ». Ce sont des titres où je parle plus de moi.

H : On peux dire que c’est autobiographique ?

AD : Oui, une partie. Je n’ai pas tout raconté dans le CD. Mais oui ça fait parti de ma vie, je ne me suis pas formaté à me dire, je vais faire musique du monde, musique africaine ou rap. J’ai fait ce qui me venait en écoutant beaucoup de musiques différentes.

H : Alors qu’est-ce que t’écoutes ? Parce que tu as une technique de chant incroyable. On me dirait que tu es une superstar ivoirienne je le croirais et à côté tu chantes en français. Pour faire les deux exercices de façon aussi aisée, je me dis que dans les deux genres tu dois avoir des références solides.

AD : C’est vrai. Déjà au niveau musique ivoirienne je connais tout. Même ce qui est sorti il y a trente ans je suis allé me renseigner. J’ai tout écouté, tous les groupes, des plus gros artistes au plus petits. Et même à l’heure actuelle je découvre encore des choses. J’essaie de faire découvrir à mes amis qui n’ont pas la culture ivoirienne et ils adhèrent. En Côte d’Ivoire la musique va avec la danse. Sur chaque titre tu peux danser, et j’aime beaucoup ça. Et je veux faire danser. Je connais tout de Michael Jackson, par exemple. Il y a aussi du Céline Dion. Je connais Vianney qui est un artiste récent, j’aime beaucoup.

H : Et si tu devais nous parler d’un artiste ivoirien ?

AD : Un artiste ivoirien ? Petit Denis. C’est un artiste que j’apprécie énormément. Il fait du zouglou. Le zouglou ça parle de fait de société dans une chanson. Par exemple tu vas parler de la misère mais tu fais un son qui va faire danser. C’est énorme, j’aime beaucoup. Il raconte beaucoup d’histoires. Par exemple il a fait un son sur un mec qui a volé un autre mec dans un bus. Et ce mec sortait de prison, donc il n’était pas commode… Et tout ça c’était pour dénoncer le surpeuplement dans les transports… Est-ce que tu vois le délire ? Il t’a fait tout une histoire sur ça et ça te fait danser. C’est lourd. Je kiffe, j’écoute et je m’imprègne.

H : Justement, toi aussi tu parles de société à ta manière. Comme sur les titres  « Quelqu’un » ou « La Guerre ». On sent que tu abordes sans concession des sujets de société grave,  tu nous montres qu’on est dans une société à double vitesse. Les gens qui ont de l’argent ont du pouvoir et des facilités que les gens d’en bas imagine à peine. C’était important pour toi de faire passer des messages sur la société actuelle ? C’est le rôle de l’artiste ?

AD : Oui quand même. Après chacun son engagement. Faire de la musique en étant populaire c’est déjà un engagement. Je veux faire danser mais oui il y a des problèmes de société. Tu veux envoyer tes enfants en vacances, tu n’as pas d’argent. Comment tu fais ? Tu  travailles dur, tout ça en passant par la CAF, les aides, les tickets loisirs. J’ai tout vécu en étant jeune. C’est un peu chiant, tu n’as pas d’argent tu ne peux rien faire. Je n’aimerais pas être dans une situation ou mon fils me demande de partir en vacances et je ne peux pas. Donc oui on parle, on dit qu’on flambe. Mais derrière il faut un équilibre, il y a des besoins. Quand t’as de l’argent t’es quelqu’un et quand tu n’en as pas t’es personne.

H : En écoutant certain rappeur on peut croire qu’ils incitent les plus jeunes à avoir de l’argent facile. Qu’est-ce que tu dirais à un jeune qui veut de l’argent trop vite ?

AD : Non les rappeurs n’incitent pas les jeunes à avoir de l’argent facile. Une majorité de rappeurs ont fait des conneries. Ils disent ce qu’ils ont fait. C’est comme moi dans le son « Guerre » je peux dire ce que j’ai fait en étant jeune. Je dis « Je vendais la meuka comme si je vendais des tic tac. » Ca ne veut pas dire au jeune va faire ça. Ca veut dire regardes par où je suis passé et regarde où je suis.   A l’heure actuelle je suis quelqu’un d’inséré, peut-être un modèle pour la jeunesse. Quand je leur dis ça je parle de ma vie. La musique c’est ça aussi, parler de ce que t’as vécu. Tu peux cacher certaines choses, comme tu peux en dévoiler d’autres. Moi je dévoile pour dire ne fais pas.

H : C’est un avertissement donc, pas une incitation. J’adore aussi ton côté romantique qu’on peut retrouver sur le titre « Boom ». Est-ce que tu aurais pu faire du zouk ?

AD : Oui ce sera mon prochain clip. Il sort juste avant l’album.  J’ai écouté du zouk toute ma jeunesse. Le zouk c’est toute ma vie ! Tout est possible en 2017, il n’y a plus de règles, il n’y a plus de lois. Il n’y a plus de « Tu vas être catalogué dans ça. » Non. Le zouk c’est toute ma vie, je connais trop de morceaux de zouk. Ah oui je suis capable de tout. Et je pense que mes albums ne vont pas se ressembler. Il y aura des bases du premier, mais je vais changer certaines choses.

H : Tu penses que les artistes d’aujourd’hui doivent avoir la capacité de changer ?

AD : Chacun fait ce qu’il peut faire. Chacun fait ce qu’il veut. Ca se trouve tu vas changer et le public ne suit pas, ce n’est pas ce qu’il a aimé de toi. Moi c’est moi, ma façon de voir les choses, mon challenge. C’est personnel. Je ne dis pas qu’un chanteur doit se renouveler à chaque fois, chacun fait ce qu’il veut. Des gens peuvent aimer un chanteur parce qu’il fait tout le temps la même chose et c’est ça qu’ils ont aimé.

H : Et avec le Wati B t’arrive à faire ce que tu aimes ?

AD : Il n’y avait pas d’artiste comme moi dans le Wati B en fait. On a eu la Sexion d’assaut, Dry,  Shin Sekaï, mais moi je suis différent avec ma démarche à moi. J’ai fait près de quarante shows en boîte en un an. Personne n’a fait ça. Je suis une autre branche du Wati B. J’ai grandi avec le Wati B, au collège et ils m’ont initié. Ce n’est devenu professionnel que depuis un an.  Le tournant ça a été avec « Billet Facile » featuring Dadju, Abou Tall, Dr Beriz, & Dry.

H :  Ca te plait ?

AD : Oui je suis content, c’est quelque chose que je kiffe la musique. A écouter ou à en faire je kiffe. Tant que j’ai cette volonté je continuerai.

H : On te souhaite une excellente continuation.

 Propos recueillis par: Hanazade

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