Mac Tyer "C'est comme si je révèle quelque chose à la jeune génération"


07 mai 2015 - 4533 vues

C'est à l'occasion de la sortie de son opus "Je suis une légende" que Soul-Addict a pu rencontrer Mac Tyer. Avec déjà 15 ans de carrière, le titre de son album n'est pas un hasard. Au fil de l'entretien, on a pu mieux comprendre sa vision de la musique, ses aspirations et le rôle qu'il veut jouer dans l'univers du rap français. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'avec Mac Tyer ce n'est que le début! Lancé dans une nouvelle dynamique, plus proche du public que jamais, il entend bien porter des messages inédits avec une musique toujours plus riche.

Hanazade: Bonjour Mac Tyer, je suis ravie de te voir aujourd'hui. On a eu l'occasion de découvrir pas mal de tes titres. Je voudrais déjà discuter de ceux que tu as décidé de mettre en avant. D'abord mon titre préféré, "Un jour peut-être". Dans ce morceau tu laisses transparaître un romantisme peu commun dans le milieu du hip hop.

Mac Tyer: Quand j'ai choisi le single "Un jour peut-être" je sentais que c'était important de le mettre en avant à ce moment là. Dans le milieu du rap, le rapport à la femme n'est vraiment pas communiqué de cette manière. Moi on peut me voir comme une personne très dure avec du rap hardcore, mais quand je lance un morceau comme "Un jour peut-être" qui parle d'amour, de la vie, de la complexité des rapports homme/femme, c'est comme si je révèle quelque chose à la jeune génération. Elle connaît ce thème mais le garde pour elle. Aujourd'hui les jeunes ne sont plus trop dans l'amour. Ils ont grandi avec autre chose, ils ont grandi dans le superficiel. Ils manquent de profondeur dans l'échange. Ce qui fait que dès qu'ils arrivent à ça ils ont un mot particulier, "fragile". C'est le terme générationnel. Dès que tu fais preuve de romantisme t'es "fragile". A l'ancienne c'était différent, on était plus dur mais on aimait plus facilement.

H: Et tu penses que c'est dû à quoi?

MT (perplexe): Je ne sais pas. Je ne sais pas à quoi c'est dû mais c'est un constat que j'ai fait. Et je me suis dit que de balancer un son comme ça, ça peut faire énormément de bien aux humains. Dans une ère où le romantisme est mis de côté, je montre ce que tout le monde vit. Parce que tout le monde le vit! Certain cherche la crédibilité quand ils rappent, moi non je sais qui je suis. Ca veut dire que venant d'une personne comme moi de partager ce genre de chose ça va peut-être amener des gens à se révéler, à reconnaître qui ils sont sans les artifices. On devrait peut-être plus assumer nos sentiments.

H: Tu as fait ça en tant qu'humaniste en fait?

MT: Tout simplement. Je l'ai fait naturellement, j'avais besoin de parler de cette tranche de vie. Je l'ai fait et puis c'est tout (sourire).



H: En règle général, tes textes sont autobiographiques?

MT: Souvent. Les textes sont très liés à ma personne. Cette album est lié à moi et je me livre beaucoup. Vu que je suis plus exposé aujourd'hui ceux qui m'ont toujours survolé vont en apprendre énormément. Mais pour quelqu'un qui a vraiment suivi ma carrière, entendu les titres que j'avais dans les autres albums, il va se dire "Non Mac Tyer est dans la continuité de ce qu'il a toujours fait. Il reste ce qu'il était sauf que son album est très bien abouti." Aujourd'hui c'est peut-être un moment de communication max pour mieux faire comprendre où je veux en venir et ce que je fais. C'est comme une étape au dessus.

H: Avec toi on ne peut pas parler d'album de la maturité ou de l'aboutissement, la maturité tu l'as eu bien avant.

MT: Voilà. La maturité c'est pour ceux qui m'ont survolé. J'ai l'impression qu'aujourd'hui j'ai réussi à faire un album avec la communication qui est le plus en phase avec le monde d'aujourd'hui. Et ça c'est grâce à ma longévité. Parce que sans ma longévité je n'aurais pas pu reconnaître le moment où ce que je fais est apprécié à sa juste valeur, à l'instant T. Par exemple, quand j'ai sorti l'album "Le Général" qui était très nouveau à l'époque, il y avait les gens de ma génération qui me contredisait et les jeunes qui était à fond dedans. Mais ces jeunes là aujourd'hui ils sont grands. Donc c'est ces gens là un peu éduqué à la "Mac Tyer artistique" qui sont contents que je revienne. La nouvelle génération est carrément dans le rap qui "a enlevé le bâton qu'il avait dans le cul", ils écoutent de tout et peuvent m'apprécier. Aujourd'hui le rap est ouvert, il se mixe avec plein d'autres styles. Quand je fais "Un jour peut-être" c'est un classique de rap français, c'est un morceau qui "générationnellement"parlant, va plus rester dans les mémoires. Plus que les morceaux hardcores qu'on trouve dans mon album. De la même manière que dans l'album de MC Solaar les gens se rappellent plus de "Caroline" que de "Qui sème le vent récolte le tempo". Tu vois c'est dans ce sens là.

H: En fait chaque morceau pour toi à une intention particulière? Untel c'est pour divertir les gens, un autre c'est pour les sensibiliser. Chaque morceau est un outil artistique.

MT: Oui c'est exactement ça. C'est pour ça que mon album tu ne peux pas le résumer à un seul morceau. D'un titre à un autre c'est tellement différent. Mais le dénominateur commun c'est moi, c'est à quoi j'aspire. Tu ne t'ennuies pas parce qu'il y a tellement de prestations diverses, de performances différentes, de musiques différentes... Mon album est très musical, les prods sont tellement aboutis que chaque morceau est unique, il n'y a pas de jumeaux.

H: Mais si tu devais t'arrêter à un seul morceau, celui qui a une saveur particulière?

MT (embêté): J'aime beaucoup "Un jour peut-être". Après c'est compliqué, parce qu'il faut vraiment écouter pour comprendre que je ne peux pas en avoir de préféré. Ce n'est pas linéaire. C'est pour ça qu'il n'y a pas de featuring dans mon album, à part le morceau avec Maître Gims et celui que j'ai fait avec mon frère.



H: C'est ce qu'on va faire alors, on va écouter. As-tu vu la parodie de "Laisse moi te dire" avec Dogg Soso et Kevin Razy? C'est devenu "Laisse moi maigrir"! Tuas aimé?

MT: Ca montre que ça a pris et que ça a vraiment frappé les gens. Et que ça les a tellement frappé qu'ils ont eu besoin de faire la comédie (sourire). Non ça ne me dérange pas. C'est flatteur au contraire.

H: Donc maintenant tu as un carrière solo bien solide mais tu as démarré avec Tandem, est-ce que ça ne te manque pas d'être en groupe?

MT: A la base ça me manquait beaucoup après j'y ai pris l'habitude. Avec le temps, ma persévérance de toujours continuer, de toujours faire mes trucs, de ne pas laisser ma carrière de côté, et bien je m'y suis habitué. Moi j'ai toujours été entouré de mes frères tu sais. Mon environnement c'est mes frères et moi, on fait nos trucs. J'ai un gros studio dans mon quartier (Aubervilliers). On avait chacun la vison de ce qu'on voulait artistiquement, nos projets. C'est ce qui a fait qu'on est allé dans des chemins différents. Après avec les années on s'y habitue.

H: Moi si j'ai retenu un clip c'est celui de "Jugement", parce que c'était énorme, avec une flopée de collaborations: Faf La Rage, Diam's, Lino, Kery James etc. Comment tu expliques être un artiste aussi fédérateur quand certain peine à réunir dans le rap?

MT: Oui je suis très fédérateur à la base. Souvent quand je dois faire quelque chose, que j'appelle, les gens se déplacent. C'est une idée qui germait dans ma tête depuis quelques années. J'ai eu l'occasion de pouvoir le mettre en place et je l'ai fait. Je ne peux pas l'expliquer, je reste juste moi-même.

H: Et je voudrais savoir, tu gardes ton indépendance? Parce qu'on sait que tu viens de signer chez Marin Monster alors que tu es toi-même producteur avec le label Xplosif.

MT: Non Xplosif music est toujours là! On est dans l'exécutif de l'album. Je fais toujours de la production exécutive. C'est juste une association. Je suis signé là-bas mais Marin Monster et moi c'est comme une grosse association. Ce n'est pas un truc de producteur à artiste. C'est un rapport beaucoup plus profond. Ils me laissent l'opportunité de faire ce que je veux. C'est moi qui donne ma vision, c'est moi qui partage mon expérience. J'ai été producteur longtemps, j'ai beaucoup dépensé d'argent et je sais comment le dépenser. Donc voilà. Quand je fais quelque chose c'est parce que j'en ai envie. Si j'aurais voulu rester producteur m'occuper de jeunes artistes j'aurais pu rester producteur m'occuper de jeunes artistes. Mais j'ai tellement encore à donner, tellement envie de changer la donne, de ramener des choses, que je ne me sens pas artiste à bout de souffle. C'est vraiment pas ça. Du tout.

H: Tu oses encore des choses que d'autres ne font pas. Est-ce qu'on peut dire que tu restes dans la musique parce que tu fais ce que tu ne trouves pas ailleurs?

MT: C'est exactement ça. Moi comme je l'ai toujours dit, en étant le rescapé d'une génération je dois des choses. J'ai croisé un ancien collègue qui a bien vieilli, quand il m'a vu sur scène il m'a dit "T'as une énergie de malade! Comment tu fais?" J'ai répondu "Même moi je ne sais pas". Souvent on me pose la question, comment tu fais pour transmettre autant d'énergie et je ne sais pas (sourire). On me dit t'as l'énergie d'un outsider. En fait c'est mon renouvellement sur les sessions de mon street album qui m'a stimulé. Ca m'a redonné envie de partager, de faire de la musique, de me faire connaître... Je pense qu'on est dans le début d'un nouveau cycle aujourd'hui. Après dès que je ne le ressentirais plus j'arrêterais. Tout simplement.



H: Donc pourquoi "Je suis une légende"? Ca vient du film avec Will Smith, tu ressens la même solitude dans le monde de la musique, tu es seul dans ton rap?

MT: En fait c'est un peu ça, sans que j'en prenne vraiment conscience au moment des faits. A la base quand j'ai appelé mon album "Je suis une légende" ce n'était pas du tout par rapport au film de Will Smith. Mais j'ai bien ressenti cette sensation de solitude. Il n'y a pas de feat et quand t'entend mon album tu comprends cette non présence de feat. Je rapporte des trucs vraiment à moi. Je suis seul oui. Et je viens de le réaliser.

H: On a hâte de te rejoindre alors! Il faut que tu partes à la rencontre du public, il t'attend. Une tournée prochainement?

MT: A partir de juillet je pars en tournée et j'annonce une Cigale au mois d'octobre. Je vais donner la date précise très bientôt. Je vous attends tous (sourire). J'ai envie de donner un gros show. Les gens voudront entendre beaucoup de chose, les anciens titres et les nouveaux. J'essaierai de répondre aux demandes. A ce stade de ma carrière c'est désormais un équilibre que j'ai à trouver. Tout reste à faire, il y a plein de possibilité. Vous aurez la surprise.

Par : Hanazade

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