L'Algérino : Le rap made in Marseille

08 octobre 2014 à 09h45 - 12622 vues

Soul-Addict est parti à la rencontre d'un rappeur libéré et plein de générosité: L'Algérino. Connu avec le tube "Sur la tête de ma mère" cet auteur et compositeur a vu son album "Effet miroir" devenir disque d'or. Mais l'artiste a su faire bouger les têtes bien avant. Repéré par Akhenaton du groupe IAM on ne peut désormais plus se passer de son univers  plein de vie et de sincérité. On comprend vite que le méditerranéen nous réserve encore plein de surprise. Ce mois-ci vient de sortir son nouvel album "Aigle Royal". On a déjà pu voir cinq clips  "Ca va aller", "Les bronzés font du biff", "Humeur d'un jour", "Humeur d'un soir" et le dernier "Grosse garde de robe". Nous n'avons pas pu résister à lui poser quelques questions sur ses projets. Et croyez nous du lourd arrive, comme un nouvel opus en avril !

Hanazade: Donc tu nous gâtes encore une fois, le 6 octobre est sorti ton 5e album "Aigle royal". Et en ce moment on peut visionner ton dernier clip "Grosse garde robe". Moi ce qui m'a marqué c'est que sur 6min on retrouve 3 min de sketch et 3 min de musique.  T'as tenu à séparer ses deux parties, c'est toi qui a écrit?

L'Algérino: Oui y a aussi d'autres artistes qui le font. J'aime bien, ça m'amuse. C'est dans l'originalité. Les gens aiment les choses farfelues. J'ai écrit ça avec mon ami Ahmed Jaoui. On avait déjà fait un sketch où on rachetait l'Olympique de Marseille. Le concept c'est qu'il y a un prince d'Arabie avec moi qui s'appelle le Prince Temenik II. Comme on a racheté l'OM on a voulu faire pareil avec Zara.

H: On ne sent pas passer le temps. On peut regarder ça même 5min et après le clip vient comme la cerise sur le gâteau. Ca fait sourire et il y a un bon petit scénario, de bons échanges. Moi je te conseillerai presque une carrière de comédien.

A: Une carrière de comédien? Merci, ça me fait plaisir. Mais je trouve que je suis nul!

H: Non. Des fois il ne faut pas en faire beaucoup pour avoir des résultats. Quand en on fait trop et qu'on se prend trop au sérieux ça ne passe pas. Là ça se sent que vous l'avez fait tous ensemble avec légèreté. On t'a vu t'amuser avec le rapport à l'argent. Tu montres que tout s'achète dans "Garde de robe". Mais c'est très cynique en fait.

A: Oui c'est du second degrès, on ne peut pas tout acheter non plus. Ca facilite beaucoup de chose mais tout ne s'achète pas. C'est de la pure dérision. Moi si j'étais millionnaire je rachèterai une équipe de foot. Je me mets sur le banc de touche et je suis entraineur/joueur (rire).


H: En tout cas tu es très doué. Tu passes très bien derrière la caméra. Tu mets beaucoup en avant tes origines méditerranéennes, que ce soit le maghreb ou bien juste dans le sud de la France comme Marseille. On sent vraiment d'où tu viens. Tu ne cherches pas à diluer ça, à cacher ton accent ou tes expressions.

A: Je n'ai aucun complexe, je suis très bien dans ma peau. Et je suis fier de ce que je suis.

H: Alors pour toi un artiste n'a pas à se cacher? Pourtant souvent on en trouve plusieurs qui ne révèle rien. On sait bien plus tard de quel région ils viennent, quels origines ils ont. Il y a le mystère et des fois on est surpris alors que toi il n'y a pas de devinette.

A: Moi déjà dans le "blaze" tu me vois direct et dans ma musique tu m'entends aussi. Mais je reste quelqu'un de très ouvert musicalement. Moi si tu suis ma carrière, on va dire sans prétention aucune, je suis à l'aise dans n'importe quel style. Tant qu'il y a un feeling et que la musique me parle j'y vais. Tu vois c'est comme quand j'ai sorti le titre reggae "Avec le sourire". A la base je ne suis pas un chanteur reggae. A ce moment j'avais beaucoup tourné, j'étais dans les îles, aux Antilles. Donc j'écoutais ce style et j'ai fait un morceau reggae. Après je crois que ça va faire dix ans qu'il n'y avait pas eu de carton reggae à la radio. Donc c'est moi l'Algérino qui n'a rien à voir avec cette musique qui t'a fait un titre reggae qui tourne en radio. Alors tu vois je ne me mets pas de barrière. Je suis très farfelu et surprenant. J'aime prendre mon public à contre pied.

H: D'ailleurs "Garde de robe" est un peu funk. Quels sont tes influences dans cet album?

A: J'écoute vraiment de tout. Ca dépend des endroits où je suis. Je suis au maghreb je vais mettre du raï. Je suis avec des potes on  va s'écouter du rap. En club tu vas écouter de la funk, de la house. Moi c'est vraiment à l'instinct.  En plus les copiés collés ce n'est pas mon style. Après j'ai des petits coups de cœur comme Beyonce ou Khaled (rire). Rien à voir!

H: Ah ben c'est sur qu'entre les deux il y a un monde, effectivement! Et sinon tu vas à des concerts, tu suis des artistes? Déjà on peut constater que tu as beaucoups d'amis artistes (Alonzo, Soprano).

A: Je fais tellement de concert que je n'ai pas trop le temps d'aller au concert des autres. J'ai des amis dans le rap mais après chacun fait sa carrière. On se voit et on discute. J'ai des amis artistes avec qui je ne parle même pas de musique! Ca fait du bien de sortir de la musique et de se détendre.

H: Comment ça s'est passé avec Dj Kayz, comment l'as-tu choisi?

A: C'est lui qui est venu me solliciter. Il travaillait pour une compil mais moi je préfère garder mes morceaux orientaux hors compil, pour mes projets. Donc on s'est naturellement mis à travailler ensemble pour nos albums respectifs.

H: Est-ce que dans "Aigle Royal" tu vas garder ton franc parlé, ton humour, le côté festif dans lequel on te connait. T'as tenu à garder cette image là, tu n'as pas voulu dévié?

A: En fait avec moi on peut dire que je suis dans la vie comme je suis dans ma musique, nature peinture. Donc tu vas retrouver des morceaux légers comme "Grosse garde de robe", "Les bronzés font du biff" où on s'amuse on fait la fête et on est détendu. Et après tu vas retrouver des titres un peu plus sérieux parce que je reste un être humain, j'ai plusieurs humeurs. Donc des fois je fais la fête et d'autres je réfléchis. C'est là que ça donne des morceaux où il y a de l'émotion comme "Humeur d'un soir" ou encore "Humeur d'un jour".

H: On peut dire que tu fais vraiment la musique comme tu la ressens, tu ne cherches pas modifier ton image ou autre?

A: Non je ne calibre pas. Disons que c'est peut-être mon principal défaut.

H: Les américains par exemple c'est différent,  on sent bien qu'ils calibrent ils sont à fond marketing.

A: Oui, ça arrive même en France maintenant. Les gens travaillent plus l'image que la musique. Moi j'aime être en studio et j'aime être sur scène. Après tout ce qui est à côté, faire des clips, on est obligé d'en faire, ou faire des interviews pour défendre l'album (rire). Mais je préfère le studio et la scène.

H: Comment s'est passé le travail pour cet album, tu as fait attention à tes propos? Avant tu as pu choquer comme avec "Tireur de coups franc". Ca t'amuses des fois d'être dans la provocation, tu trouves que c'est le rôle d'un rappeur?

A: Ca avait fait le buzz mais je pense que je suis le rappeur le moins dans la provoc. Je suis dans la dérision... dans la folie. Et je me régale! "Tireur de coup franc" ce n'est pas de la provoc mais de la folie. Moi je suis quelqu'un de barré malgré les apparences, donc c'est pour ça qu'on a fait un clip comme ça avec des scènes improvisées. On a arrosé les gens.

H: Donc il n'y a pas de provocation, juste la touche de folie que n'importe qui peut avoir?

A: Voilà exactement. Et moi je n'ai aucun complexe à mettre ça en vidéo.

H: Est-ce que pour toi contrairement à ce qu'on peut penser un rappeur peut se suffir à lui-même, c'est à dire qu'il peut sortir un album sans featuring où il y a juste lui, sa voix  et ses émotions?

A: Moi je peux être seul, comme dans des titres comme "Humeur d'un soir".

H: Donc t'es plus de côté là?

A: Du côté des deux en fait (il s'amuse à refaire Dark Vador) J'ai eu un album contradictoire, comme "Mentalité pirate" C'était une période de ma vie où mes démons me torturaient. J'étais vraiment entre le bien et le mal. Il y a même un titre comme ça qui s'appelle "Entre 2 flammes" plein de contradiction. Sinon j'ai toujours essayé d'être dans le juste milieu. Ca va je suis quand même quelqu'un d'équilibré. Ce que je raconte dans mes chansons des gens écoutent, je sais qu'il y a mes neveux et nièces qui écoutent. On peut pas dire tout et n'importe quoi. Alors que généralement ce qui fait vendre et interpelle les gens c'est quand tu bascules dans le côté obscur. Les gens sont plus attirés par les armes, les drogues, la coke et les putes dans les clips que par des paroles sensés. On peut faire de l'argent comme ça mais je préfère le faire autrement. J'ai quand même une certaine conscience, je sais qu'il y a des jeunes qui m'écoutent. Je peux pas dire tout et n'importe quoi. Je sais que le rap français influence beaucoup de jeune. Ce n'est pas comme un film. Quand tu écoutes une chanson tu sens du sérieux chez l'interprète et un petit peut facilement prendre ça comme modèle.

H: Donc tu te mets dans la difficulté en étant sincère?

A: Bien sur, c'est  difficile de faire parler de soi comme ça. C'est plus facile de jouer avec des kalachnikov, de dire "J'ai fais de la prison etc". Et c'est là que tu vois un peu la prostitution artistique. C'est le je fais ça, je dis ça, je montre ça mais je ne suis pas responsable. C'est de la prostitution et de l'hypocrisie. Le rap français est beaucoup dans la prostitution. Moi je ne suis pas dans ça, je reste correct dans mes paroles.

H: En te parlant on ressent que tu es apaisé, équilibré et que tu fais ce que tu aimes. Qu'est ce qu'on peut te souhaiter d'autres?

A: Me souhaiter que ça continue, que je m'amuse encore en studio et sur scène. Tant qu'il y a l'envie et la passion on va continuer. Si l'étincelle n'est plus là tu ne peux pas te forcer. Moi de 2007 à 2010 j'étais absent, il n'y avait plus le truc. Après il est revenu et me voilà avec de nouveaux projets. Donc tant qu'il y a la passion je serai là. Un gros album concept arrive, c'est pour le mois d'avril! Ca s'appellera "Oriental dream".

Par : Hanazade

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