H Magnum, entre soleil et obscurité

06 juillet 2015 à 19h07 - 7749 vues

Soul Addict a eu le plaisir de retrouver H Magnum avant la sortie de son album "Gotham City". Vous avez pu voir l'avalanche de hits déferler sur youtube comme "Prohibé" ou "Aucun Mytho" feat Black M. Le rappeur a su nous montrer deux parties intégrantes de son univers mêlant Afrique et occident. "Gotham City" nous plonge dans ses racines, mêlant naturellement le soleil à l'obscurité, le jaune et le noir. Définitivement tourné vers l'avenir H Magnum dénonce, avec un rap conscient, de nombreuses difficultés sociales et nous sème habilement de l'espoir. Sans a prioris ni obligations, il reste tel le djembé l'instrument d'un rap libre et contemporain. 

Hanazade: Salut H Magnum, j'ai le plaisir de te voir avant la sortie de ton album "Gotham City". Rien que le titre nous interpelle, on pense de suite à Batman le justicier. Donc tu va nous emmener dans ta ville et tu seras notre super héro. Je te félicite pour le clip de "Prohibé" où on voit bien d'où tu viens. Il y a le ghetto, Abidjan, et juste derrière la tour Eiffel. C'est un magnifique contraste. 

H Magnum: Merci. Oui ça a été réalisé à Abidjan, dans le quartier de "Gotham City". Je voulais que ça se passe dans mon quartier, là où je suis né. Et je voulais qu'il y ait un code couleur jaune et noir, jaune pour le soleil et noir pour la dureté... Le clip était une grande fête, sincèrement. Il ne se passe pas beaucoup de choses là-bas et ça m'a fait plaisir de partager ça avec eux. J'ai été honoré de voir que tout le monde a mis la main à la pâte. Ca a été tourné par Charlie Clodion qui est un très bon réalisateur. On est parti, il a rencontré ma famille, c'était vraiment bonne ambiance. 

H: Donc la force c'est que c'est des locaux qu'on voit, ce ne sont pas des figurants habituels.

HM: Oui et on les appelle "les gothamiens". C'est vraiment Gotham City. La place où j'étais s'appelle la place de Gotham City.

H: Oui on t'a vu sur la place. Je me demandais... le Tag, en noir et jaune avec Gotham City, il y était avant où tu l'as a ajouté? Il va rester?

HM: Oui il va rester. En fait c'était un nom phonétique. Il n'était écrit nulle part. Je voulais le tamponner. Parce qu'on disait "Oui, je vais à Gotham, c'est un mec de Gotham." Mais rien ne le signifiait. C'était un surnom. Maintenant c'est inscrit sur la pierre.

H: Génial. En plus avec un excellent visuel, noir et jaune, maintenant on ne peut voir que ça. On pourra y aller en pélerinage alors! Et tu as même les tenues, les tee-shirts.

HM: Voilà. On est arrivé avec beaucoup de choses, des tee-shirts, de la nourriture. C'est l'Afrique en même temps. On ne vient jamais les mains vides. Je connais les besoins de mon quartier, je suis venu avec ce qu'il fallait. Ca m'a fait plaisir sincèrement. On a pu faire un petit reportage aussi, qui n'est pas encore sorti. Là on est plus proche des gens. On voit leurs réactions vis à vis de mon album et de mon parcours. Eux m'ont vu depuis toujours.
 

H: Oui il faut le dire tu as plus de dix ans de carrière, tu ne viens pas de débarquer avec Sexion d'Assaut.

HM: Oui voilà. Au départ j'étais plus en groupe, avec Injection Lyrical ou Aconit, après je suis parti en solo. J'ai été beaucoup aidé par Sexion d'Assaut parce qu'on est des amis dans la vie. 

H: Ce que tu fais avec eux est assez spécial. Que ce soit avec Maître Gims, Black M ou tout le groupe on sent toujours une intention différente, un message et différentes dynamiques. Dans cet album on retrouve les thèmes de l'injustice, de la famille, du fardeau social que l'on peut porter. Ca te tenait à coeur tous ses sujets?

HM: Oui ça me tenait à coeur car je porte le fardeau. Qu'on vous verrez le reportage vous verrez que tout le quartier est sur mon dos (sourire). Je suis issu de là bas et tout le monde espère que ce que je vais faire va fonctionner. Après moi je suis quelqu'un qui a beaucoup travaillé dans le social. Ma démarche artistique est beaucoup sociale. 

H: Pour toi l'art peut aider la société à avancer?

HM: Oui. Et moi je peux être plus utile, plus influent. Ca me permet d'être plus audible.

H: La plupart du temps on voit les clips qui claquent. Tu es sous les feux des projecteurs. Certains peuvent se demander comment tu arrives à rester connecter au quartier, dans la réalité. Quel est ton secret? Parce que ça se voit dans tes textes que tu n'es pas déconnecté. Tu es très conscient de la dur réalité.

HM: J'aime beaucoup les gens en fait. Je les écoute énormément. Je ne suis pas fasciné par le superflu. C'est pour ça que je fais bien la distinction entre les clips. Black M c'est la fête, c'est plus léger et sur des morceaux solo je suis plus profond. En fait je suis issu d'une culture où on peut faire danser même sur du profond. Danser c'est la première vague, il y a la mélodie, il y a le rythme, et le profond c'est quand la musique t'appartient. Comme dans "Prohibé" (il chante la mélodie). Tu pourrais croire que c'est juste dansant mais en écoutant les paroles je te dévoile le fond. On retrouve beaucoup ça dans la musique africaine. 
 

H: C'est une belle contradiction. Ca fait ton originalité. J'aime aussi beaucoup ton look. Dans le clip "Aucun Mytho" on te voit porter une tenue traditionnelle. Maintenant tout le monde veut le même haut. Les gens ont soif de soleil, de musique africaine.

HM: Oui, les gens cherchent ça en ce moment. Tu sais que mon premier groupe c'était avec des comoriens, Injection Lyrical. On chantait "Nam djé, Izo Kweli..." (Il fredonne). 

H: Wahou, je suis comorienne. Tu parles bien.

HM: (Rire). Non je sais juste dire "Hé Djé? Ca va." Mais oui j'ai chanté comorien. Et j'avais deux groupes en fait. Un archi parisien, Aconit, et un groupe Injection Lyrical avec beaucoup de sonorité africaine. Aujourd'hui dans ma musique tu retrouves les deux, des morceaux très parisiens et d'autres plus "cainfri" comme on dit.

H: Ca te rend caméléon. Tu peux te poser avec n'importe qui en fait. Tu n'es pas bloqué dans un style.

HM: Moi j'ai toujours dit, même si à l'époque on se foutait de ma gueule, moi je me considère comme un instrument. Et un instrument tu peux le faire jouer avec tout. Tu prends un djembé... Pourquoi le djembé? Parce que c'est le rythme. Et le rap on utilise le rythme.  Et bien le djembé il passe partout, tu le mets partout. Il faut savoir se caler et amener de l'harmonie là où il est. Pour moi il y a deux sortes d'artistes: les artistes qui sont très linéaires, ne bougent pas. Et c'est ça leur marque de fabrique, ne pas bouger. Et il y a des artistes comme moi qui ne tiennent pas en place. Je peux faire un son avec un rappeur très dur ou des artistes plus doux.

H: En tout cas le son avec Maître Gims était très lourd! Vous avez eu un rythme très soutenu. C'était dans le projet "Fin de dream".

HM: Oui et là dans "Gotham City" j'ai un titre très différent avec lui. On a eu l'habitude de donner du très dur mais là ça sera plus mélodieux. En fait c'est un feeling du moment. J'aime beaucoup. Tu sais avec eux, même si ce n'est pas mon projet, j'aime être derrière chaque album, apporter ma patte et aider à compléter une vision. On se soutient. Que ce soit "Les Chroniques", "Apogée", l'album de Gims. On est ensemble en fait. On est tous en studio et les idées jaillissent. 

H: Tu es très collectif en fait.



HM: Tu sais à la base je suis quelqu'un de très timide. Le plus souvent je suis plus derrière que devant la caméra. J'ai mis du temps à sortir mon propre projet. On m'y a encouragé. Il y a eu "Rafale", "Dream", "Fin de dream"... A la base ça devait être un projet commun avec Maître Gims et par rapport au timing on n'a pas pu faire tous les sons. Mais j'aime bien les bonus, les choses improbables qu'on donne au public. 

H: Oui on sent bien que tu es anti cliché. On ne te voit pas dans le bling. Je dirais que le seul cliché que tu acceptes c'est celui de l'africain. Il y a toujours un clin d'oeil.

HM: Oui c'est normal, ça fait parti de moi. C'est "Gotham City". Mais il y a plus de soleil. Comme on dit "La misère est moins pénible au soleil". La ville est noire mais pas noire sombre, elle est noire ensoleillée. Il y avait vraiment le jaune et le noir. Je suis quelqu'un de très joyeux mais avec mes réflexions. J'ai envi de dire la vie est difficile mais il faut y a ller, il faut y croire. "Dream" j'aime beaucoup dire ça. Rêver, au moins il nous reste que ça. C'est gratuit (sourire).

H: Oui et tu as su réaliser des rêves. On t'a vu sur scène, parfois avec des artistes internationaux comme Akon. Que représente la scène pour toi?

HM: A la base je suis un artiste de la scène. J'étais sur scène avant le studio. J'aime beaucoup la scène. J'ai commencé sur scène. J'ai pu travailler avec des artistes à dimension international. En ce moment je suis avec Amadou & Mariam. Il y a aussi Fally Ipupa avec qui je bosse aussi. 

H: Quelles sont tes références en général dans la musique?

HM: J'écoute du Davido, Sarkodie, P-Square... Mais aussi du Calogéro. J'écoute de tout, j'écoute de la musique. Je pense qu'il n'y a pas plus ouvert qu'un artiste urbain. On écoute tout ce qui est lourd. Personnellement j'écoute tout ce qui sonne dans mon oreille. 

H: On te sent vraiment en connexion avec l'Afrique.

HM: Oui j'ai une aile là bas et une aile ici. Je fonctionne comme ça. J'en ai besoin pour avancer. Personnellement c'est ce qui me définit. C'est le jaune et le noir. C'est pour cela qu'on le retrouve dans beaucoup de mes clips.

H: C'est ton fil conducteur. On le retrouvera tout le long de ta carrière. Mais comme tu as deux mondes différents, est-ce qu'il y a quand même un titre dans ton album qui te tient particulièrement à coeur?

HM: Là en ce moment, mon titre préféré que j'ai pris le plus plaisir à travailler c'est "Idem". C'est le titre où j'ai du aller chercher loin pour écrire. Il est vrai.
 

 
H: En règle générale tu travailles avec quel compositeur?

HM: Je travaille avec différents compositeurs. Ici on retrouvera Skalp, un autre qui s'appelle Stan, Un autre NikoOo, un réunionnais.

H: En tout cas c'est très moderne.

HM: Oui c'est ce que j'essaie de faire, apporter le présent. Je ne suis pas particulièrement nostalgique. Puisque je viens de l'urbain, je préfère pousser l'urbain plus loin. Je veux pouvoir montrer qu'on peut même avoir du Mylène Farmer sur du gros son (sourire). C'est ça le futur, casser les cloisons. Maintenant t'as Louane qui vient faire son show puis derrière Black M, du Johnny puis du Gims. Je pense qu'après on peut faire de la très très bonne musique. Timbaland est venu à la rencontre de Justin Timbaland. Lui il était du rap et Justin débarquait d'un boys band. Après ils ont même travaillé avec Madonna. Parce qu'ils ont vu qu'il apportait quelque chose. Ils ont fait attention. Rihanna aujourd'hui elle ne fait plus vraiment de rnb. Aujourd'hui les artistes s'ouvrent et on se respecte tous en tant qu'artiste.

H: Tu t'adaptes au public?

HM: Non, pour moi le son c'est universel. Quand c'est lourd c'est lourd. C'est mon gâche de qualité. Tu fais du lourd et ça trouve son public. Parce que les gens tu les mets dans un magasin ils ne savent pas s'ils veulent un tee-shirt blanc ou bleu. Si on se base sur eux on ne fait plus rien (rire). Moi je préfère dire "Tenez". Les artistes qui essaient de suivre s'épuisent plus facilement. C'est de l'inspiration, ça ne se commande pas. On ne peut pas me dire "Est-ce que tu peux faire un son comme il y a deux ans?". Deux ans après, est-ce que je suis toujours comme ça? Je ne suis plus le même homme. Je n'aimais pas les chats, j'aime les chats maintenant. Donc on change, on ne peut pas toujours s'adapter.

H: Merci beaucoup.
 
HM: Merci à toi.
 
Par : Hanazade

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