Diem,"Je voulais faire du cinéma, de la musique. C'est viscéral."


06 avril 2015 - 4982 vues

Après ses dernières prestations dans l'émission The Voice 2015, nous n'avons pas résisté à la tentation de rencontrer Diem. On peut dire qu'avec elle la musique est surprenante! La belle sait enflammer le public en conjuguant les différents styles. Elle nous en fait la démonstration avec son dernier titre "Fetish" mêlant le rap à la sensualité. C'est avec brio qu'elle a remporté les Battles mais malheureusement elle nous échappera à l'épreuve Ultime. Retour sur son parcours.

Hanazade: Bonjour Diem, heureuse de te voir aujourd'hui pour une  interview spéciale pour Soul Addict! On a pu voir l'étendu de ton talent récemment sur The Voice. La première prestation tu étais au piano. Tu composes?

Diem: Je compose certaines de mes chansons mais pas toutes. Je travaille le plus souvent avec deux autres compositeurs: Besar Likaj, avec qui j'ai pu faire ma chanson "Fetish", et Astone. Ensemble on forme une sorte de groupe. C'est avec eux que je me révèle. Mais je ne suis pas du tout fermée à d'autres collaborations. Il faut toujours de l'inspiration pour compléter cette formation.

H: Oui, un peu comme Pharrell Williams et groupe N*E*R*D. C'est très bien tous ces cerveaux qui travaillent ensemble pour nous faire de la bonne musique! Comment vous vous êtes rencontrés?

D: Avec Besar c'était vraiment le hasard. On m'avait proposé de participer à une audition pour pouvoir gagner une session d'enregistrement avec Needlz, un producteur américain. Il a travaillé notamment sur "The way you are" de Bruno Mars, mais il a également fait des titres pour 50 Cent, Drake. Ça s'est passé à la SAE, qui est une école d'ingé/son basée à Saint-Denis-Aubervilliers. Je ne savais pas trop ce que ça allait donner. Je ne croyais pas être prise. Au dernier moment j'y suis allée. Et finalement  j'ai été retenue parmi tous ces candidats, j'ai fait cet enregistrement avec Needlz au Studio 85. Là-bas y avait des élèves de la SAE a qui j'ai pu plaire et qui m'ont présenté Besar. C'est vrai que ça collait vachement bien, qu'on s'est très bien entendu. Besar a une grande vivacité d'esprit. Il y avait une sorte de petit truc, une sensibilité et une créativité exacerbés... Il y a tout de suite eu cette connivence naturelle, ce feeling. Je savais qu'on allait pouvoir faire de grandes choses ensemble.



H: Et bien tant mieux! Donc vous vous êtes mis à travailler ensemble sur des morceaux, et avant même The Voice tu avais posté des choses sur internet, Youtube. Les gens ont pu te voir et t'entendre. C'est parce que tu as eu de bons retours que tu as fait The Voice?

D: En fait ce n'est pas seulement parce que j'ai eu de bons retours. A la base The Voice je n'y pensais pas trop parce que je ne m'imaginais pas vraiment à la hauteur. Mais j'ai été contactée par un chargé de casting qui travaille avec Bruno Berberes et qui m'a proposé de participer aux présélections pour l'émission. J'étais très étonnée. Et pour échapper à la pression de mes parents qui me demandaient tout le temps, tous les matins, si j'avais eu un entretien d'embauche, (j'ai un master en management stratégique donc forcément on peut travailler avec...) Alors je me suis dit The Voice ça peut-être un CDD plutôt sympa. Donc du coup j'ai tenté!

H: Et oui, on démarre tous avec des CDD et celui là est vraiment cool. On est très content que tu l'aies accepté. Alors tu es convaincue par ta carrière d'artiste ou tu veux te réorienter?

D: Ah non! J'ai toujours été décidée. Depuis mes 14 ans j'ai toujours su que je voulais être artiste. J'ai commencé à prendre des cours de théâtre, j'ai fait une formation aux Cours Florent. Je savais que je voulais être dans le milieu artistique. Je voulais faire du cinéma, de la musique. C'est viscéral. C'est quelque chose qui est à l'intérieur de moi. C'est la manière dont j'ai envie de m'exprimer. J'ai envie d'avoir ce lien avec le monde, les gens. La musique c'est ça, rentrer à l'intérieur de l'âme des gens. C'est mélanger son univers à celui des autres. Je trouve ça magnifique. En plus la vie est courte, on en a qu'une, donc il faut profiter pour faire ce qu'on aime et laisser sa trace.

H: Oui, et ce qui est intéressant c'est que tu as parlé de plus que la musique. Tu as parlé de la comédie, du théâtre. Tu as plusieurs cordes à ton arc alors. Tu peux incarner un personnage et aller au delà de Diem?

D: Oui exactement! Pour moi un artiste doit savoir être polyvalent. Après bien sûr on n'est pas obligé. Il y a d'excellents chanteurs qui ne savent que chanter, et c'est magnifique. Mais ma vision, celle que je veux incarner, c'est celle d'un artiste polyvalent qui sait lier le théâtre au chant, qui a la connaissance de son corps, des mouvements, et peut s'accaparer la scène. C'est aussi pour ça que j'ai intégré des cours de théâtre. J'en suis passionnée, j'adore être sur les planches. Ca vient de mes tripes en fait, j'ai envie d'être sur scène et de m'exprimer. J'ai envie d'incarner d'autres personnages, de m'éloigner de moi et de rejoindre les autres. C'est une curiosité que j'ai de découvrir et d'explorer pleins de choses. Ca impose une certaine abnégation, on met de côté son égo et on délivre son message. On donne de soi mais ça n'est pas l'égo. Je pense que lorsqu'on est sur scène, même si être sur scène amène le culte de soi, il faut toujours avoir cette humilité de s'offrir au public mais pas de manière égocentrique, juste pour délivrer.

H: Tu es peut-être née pour être à Broadway! On fait des comédies musicales en France mais là bas c'est vraiment une gigantesque industrie. Dans ta première prestation tu as été tour à tour douce puis plus virulente avec ton rap. Penses avoir réussi à porter différentes casquettes, c'est ça qui a fait la différence?

D: C'est vrai que ça peut être un avantage. J'arrive à incarner différents personnages. Beaucoup peuvent le faire c'est sûr, mais je pense qu'ils essaient de rester dans une cohérence ce qui peut les rendre plus lisse. Pour moi il ne faut pas être frileux de la nouveauté, il faut savoir apprécier les choses qui sortent de l'ordinaire 

H : Oui et suite à ta prestation Jenifer et Zazie se sont tournées. Comment as-tu choisi?

D: J'ai pas mal hésité, je l'ai fait un peu au feeling. J'ai vu que Jenifer s'était retournée en premier. Elle était à fond, dans ses yeux ça pétillait et je me disais qu'elle avait l'air de bien apprécier ce que je faisais. Par rapport à Zazie qui semblait aussi aimer, je me disais que peut-être niveau style Jenifer saurait plus me conseiller. Peut-être que Zazie écoute du gros rap US, je ne sais pas. Mais de l'idée que je me faisais, Jenifer me paraissait plus proche de mon style.

H: Donc tu as parlé de gros rap US! Tu peux nous dire quels sont tes références musicales, ce qui t'a donné envie de chanter?

D: Bizarrement j'ai des références mais je n'en ai pas! (sourire). C'est à dire que j'aime m'inspirer de tout parce que dans tous les genres de musique il y a du bon comme du mauvais. Je peux très bien écouter du classique, du jazz, du rap. J'essaie de m'inspirer d'un petit peu de tout: du reggae, de la soul. J'adore tout ce qui est black music. Mais je ne me limite pas qu'à un seul genre de musique. Je me nourris de tout, c'est comme quand je vais à un magasin de pâtisserie, je ne vais pas manger seulement des éclairs, je vais prendre tout ce qui me fait envie, ce qui m'a l'air bon, ce que j'ai envie de découvrir. Je suis curieuse, gourmande. Voilà! (sourire).

H: Alors toi t'es comme ça, une petite curieuse! Mais tu n'as pas un petit classique, un incontournable?

D: C'est difficile je n'ai pas un truc, j'ai plusieurs trucs! (sourire) Ce n'est pas un pilier qui fait ma maison mais plusieurs. J'ai commencé avec le classique, j'ai écouté beaucoup de Chopin, de Mozart, du Bach, du Gounod, du Dvorak... Après, vers mes 13 ans j'ai découvert Missy Elliot. Au début je n'ai pas aimé! (rire) Mais ensuite j'ai eu un gros déclic. J'ai commencé à écouter la musique noire-américaine, du hip-hop. Je me suis aussi beaucoup intéressée au gospel, à la new soul, Jill Scott, Erykah Badu, D'Angelo et compagnie. Je suis restée pas mal dans ce créneau là. Mais après je suis tellement curieuse, j'ai écouté d'autres choses. Au début on ne sait pas bien où se diriger parce qu'on n'a pas connaissance de tous les styles musicaux mais je pense qu'on peut très bien s'adapter. Tout peut nous plaire dans certaines nuances du genre. Par exemple quand je suis allée en Afrique du Sud, j'ai adoré leur musique! J'y ai découvert le Kwaito, un genre musical qui a émergé à Johannesburg dans les années 90, et sur lequel s'est développé une danse spécifique. Il y a énormément d'énergie, c'est très rythmique, corporel. Ca t'englobe, ça t'accapare... C'est génial.

H: Donc maintenant qu'on connait ta créativité, ton intention, comment ça s'est passé lors du Battle? Tu as dû t'imposer face l'univers d'une autre.

D: C'est une partie de l'émission qui est très bizarre pour tout le monde, en tout cas pour moi, parce qu'il y a deux sentiments opposés: tu dois te battre pour rester, tu es dans une arène, mais en même temps il y a l'amitié. Avec Victoria on avait vraiment ce rapport grande soeur, petite soeur. Elle est plus jeune, elle a pratiquement dix ans de moins que moi. J'avais l'impression d'être sa grande soeur et on appréhendait le travail comme ça. Ca faisait mal au coeur de se dire que l'une de nous deux allait partir. Du coup on voyait les choses comme un duo et non comme un duel. Si j'avais détesté la fille avec qui j'étais, ça aurait été peut-être plus facile! Même si je déteste rarement les gens, pour ne pas dire jamais! (rire).

H: Vos univers peuvent coller alors, vous pourriez faire un duo pour un projet?

D: Je ne sais pas du tout dans quel univers elle aimerait aller. On en n'a pas discuté. Elle pourrait très bien changer, bifurquer. Même moi les reprises que je fais restent très différentes de "Fetish" par exemple.

H: En parlant de "Fetish" il y a eu plusieurs versions, une acoustique et une plus électronique. C'était une prise de risque de faire ces propositions en même temps que The Voice, ça peut casser l'image que les gens ont de toi non?

D: Il y a toujours un risque que les gens aient des préjugés. Forcément en passant à la Tv les gens allaient me mettre dans une case. J'avais envie de le leur montrer qu'ils ne pouvaient pas parce que j'aurais toujours envie de les surprendre. Du coup comme on avait travaillé sur "Fetish" on avait envie de livrer notre petit bébé au public (sourire). De cette façon on leur montre un bout de mon univers.

H: Cette chanson sera dans un futur album?

D: Oui on travaille pour un futur album, ou EP. J'avais fait le clip bien avant The Voice. Et il vient de sortir.

H: Toi qui a beaucoup de créativité, tu as participé à la conception du clip?

D: Ce clip a été réalisé par OOB. Jabe était au stylisme. Il a fait cette mise en scène. On voit ma passion pour la musique. Une femme m'accompagne et est la métaphore parfaite de mon amour pour la musique. Je ne peux que me mettre à nu devant elle parce que je me livre totalement à la musique. C'est une dualité entre la musique et moi. C'est aussi deux opposés qui s'affrontent. Il y a une sorte de rivalité qui nous animent et nous donnent envie de créer. Le clip de "Fetish" c'était ça, cette belle bataille mêlée d'osmose.

H: On dirait que les femmes d'aujourd'hui dans la musique vous n'avez plus peur d'allier la sensualité avec la force, tu rappes en corset quand même, c'est formidable. C'est un peu à la Nicki Minaj non?

D: Je pense qu'à l'ère d'aujourd'hui tout est devenu moderne. Il y a la mondialisation, les voyages, les échanges. La musique ne reste pas dans les carcans qui ont été établis. Le rap de maintenant n'est plus celui d'avant. Il n'y a plus juste des mecs en baggy, une vraie évolution a eu lieu.

H: Donc tu n'hésites pas à rapper en robe col claudine ou combi bleue, comme on a vu à The Voice. Le look c'est important pour toi?

D: Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas. Comme dans la cuisine tout s'invente et se réinvente. C'est comme partout, c'est dans la vie. Et là des stylistes ont proposé, j'ai dit si j'étais d'accord ou pas. La première tenue de The Voice j'ai eu un coup de coeur, j'ai trouvé ça bien. C'était tout moi, très girly. La combi, je ne me suis pas posée trop de questions quand je l'ai mise, c'était évident pour tout le monde. On a dit ok hop! Emballé c'est pesé (rire).

H: Donc tu vas au feeling et le pire c'est que ça marche, félicitation. Alors avec toi on peut s'attendre à tout?

D: Tout mais pas à n'importe quoi. Tout ce que je fais doit avoir un sens, dans une mise en scène bien précise.

H: Ah, et tu ferais souvent des chorégraphies?

D: Oui je veux! C'est mon rêve en fait, j'adore la danse. J'ai commencé à six ans. J'en ai fait pas mal. J'ai fait sept ans de danse classique puis du hip-hop, du moderne jazz et d'autres danses.

H: Wahou Diem. T'en as fait des cours!

D: Oui, en fait j'ai du mal à m'arrêter. Je n'aime pas rester à rien faire. Même devant la Tv je joue de la guitare. C'est pour ça que je ne me suis jamais ennuyée. J'étais dans ma planète. Ma mère m'a pas mal coaché. Elle m'a fait prendre des cours de piano, il fallait que je sois Mozart!  (rires) C'était dur mais je ne le regrette pas du tout. Je remercie mille fois mes parents et ma mère en particulier parce que c'est grâce à elle qu'aujourd'hui je peux faire tout ça. Elle m'a construit toutes mes bases et donné cette volonté de travailler. C'était la petite graine qui a fait germer l'arbre. Parce qu'après le piano j'ai fait de la guitare, après la guitare j'ai voulu faire de la basse etc.

H: En fait t'as réussi à trouver dans la contrainte ce que tu voulais faire. D'ailleurs à Soul Addict on parle des artistes qui ont fait des études poussés dans un dossier. Alicia Keys, John Legend... C'est bizarre tous ont fait du piano! Comme quoi le piano rend rigoureux.

D: Oui de toute manière je pense que lorsqu'on est artiste et qu'on arrive à gérer sa carrière il faut une certaine intelligence. Il faut une culture pour faire tout ça, pour renouveler l'art et pour écrire ses textes. Il faut savoir s'exprimer. Après mon master, j'ai fait une licence d'anglais à distance à la Sorbonne. Je voulais en savoir plus sur l'histoire des civilisations, la littérature. Tout ça c'est des bagages. Ca m'aide à construire mes chansons. Les musiques naissent de ton paysage culturel. Donc c'est important.

H: Moi dans ce cas je veux bien suivre tes cours d'anglais, trois minutes de musique c'est beaucoup mieux que trois heures d'amphi! Mais il y aura du boulot... Donc après "Fetish" qu'est ce qui nous attend?

D: Oui, on travaille sur de nouvelles chansons. J'ai toujours envie de surprendre donc forcément ça arrive. Je ne vais pas m'arrêter là. Il y aura d'autres couleurs et reliefs du massif montagneux de ma musique. C'est une montagne que je gravis, un coup il y a le jour, tantôt la nuit, vous verrez.

H: Que peut-on te souhaiter pour cette année, après The Voice?

D: Ce qu'on peut me souhaiter ne vaut pas que pour cette année. C'est de toujours me renouveler et de toujours vous surprendre.

Par : Hanazade

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