Samé "Je pense que la musique peut faire passer tous les messages."

05 mars 2017 - 839 vues

Samé est l'artiste urban pop à ne manquer! Avec un talent unique, tout droit venu de la Réunion, il vient de révéler son premier EP "Révolution". Notre journaliste Hanazade est partie à sa rencontre afin de connaître ses secrets de création. On découvre alors un homme engagé qui, après avoir été spectateur des dérives du monde, a décidé d'agir en se servant de sa musique. Voici un échange très intéressant à découvrir ci-près.

Hanazade :  Je viens d’écouter 2 titres extraits de l'EP Révolution, « Eveil » et « Maintenant » featuring Sskyron. Il est réunionais lui aussi ?

Samé : Oui, c’est un réunionnais, il est artiste et producteur. A la base c'est plus un producteur. Il produit pour beaucoup d’artistes à la Réunion, et aussi en national. Actuellement il sort un album. Il a vraiment les deux casquettes.

H : Vous avez co-écrit le morceau que vous interprétez ?

S : Oui, pour « Maintenant » on a tout fait ensemble. En fait on discutait sur le temps. On disait que ça pouvait rendre fou, et on a décidé d’écrire dessus. Ca a fait un morceau. Ensuite on a enchaîné sur un clip. On voulait vraiment montrer que le temps pouvait avoir une emprise sur nous. Et il ne faut pas en donner beaucoup d’importance. Le principal c’est de vivre le moment présent. Donc voilà, on essaie de faire passer des petits messages comme ça.

H :  Oui, c’était marrant de vous voir en hôpital psychiatre, au milieu des fous.

S : Oui, on se retrouve en asile malgré nous et on ne se sent pas à notre place.

H : Donc vous avez scénarisé vous-même ?

S : Oui, on a été aidé par Evil Production. On a tourné sur une journée. Le challenge était de trouver toutes les personnes qu’il fallait en très peu de temps. On était ma manager et moi-même. On s’est occupé de tout, le stylisme, le casting… Tout.

H : En tout cas ça rend très bien, je vous félicite. Ce que j’ai bien aimé c’est que c’est en hôpital psychiatrique mais ce n’est pas déprimant, au contraire. Comme tu dis c’est un peu barré et ça  prête à sourire.

S : Oui, on a envie de partir. Et le but c’est de se libérer du temps.

H : Tu as pensé à ce titre avant l’EP Révolution ?

S : Oui, l’EP n’existait pas. Je partais plus sur un album, je travaillais avec l’ancien producteur de Zaho. C’est un ingé son très connu, Phil Geiss, il a mixé l’album de Maître Gims, Soprano et plein d’autres. Il m’a un peu chapoté, il a mixé les titres de l’album. Et plus ça avançait, plus on se disait que tous les titres allait vers une direction commune, faire changer les mentalités. Donc j’ai décidé d’utiliser la musique pour essayer de mettre une pierre à l’édifice du changement. Un peu comme ont pu essayer de faire les artistes comme U2 ou Michael Jackson. Et c’est difficile puisque le monde d’aujourd’hui va mal. Les gens n’ont plus vraiment d’espoir. Et je veux parler du bonheur, des choses essentielles. Je veux montrer des choses positives.

H : Il y a des évènements négatifs qui t’ont marqué ces dernières années ?

S : Oui, forcément. Comme les attentats. Que ce soit en France ou ailleurs en fait. Pour moi des innocents ont été tués pour justifier des guerres économiques. La guerre ne sert qu’à quelques personnes. Des gens au dessus financent ça comme un business. Et ces gens là il faut leur montrer qu’on existe et qu’on n’a pas envie de les suivre. Pour moi on a le pouvoir de changer des choses. On a le pouvoir d’orienter ses achats et de ne plus financer des commerces néfastes.

H : Donc pour toi ça va au-delà de la musique en fait. C’est toute une manière de vivre.

S : Oui, l’EP pour moi c’était une forme de thérapie. Je me sens proche de la terre et de la vie humaine en général. Le titre de Michael Jackson, Heal The World, il m’a transporté en fait. A l’époque je commençais à voir que le monde allait de mal en pis. On a un continent, sous les océans, qui n’est fait que de détritus. C’est assez grave.

H : Qu’est-ce qui a réussi à te sensibiliser à la cause de la préservation de la planète ?  Ca t’a aidé de venir d’une île, la Réunion ?

S : C’est vrai que venir de la Réunion a fait parti de mon engagement. Pour moi cette île regroupe tout ce qui se passe sur terre. On a toutes les religions, toutes les ethnies et on vit avec une espèce d’harmonie qui tient, je ne sais comment en fait. Il y a des interactions entre les personnes, chinois, indous, occidentaux, qui sont marqués par le respect. C’est pas tout rose, il peut y avoir du racisme et des incompréhensions, mais les gens cherchent les solutions. La phrase qui m’a marqué c’est celle de Gandhi qui a dit « Soit toi-même le changement que tu veux voir dans ce monde. ». Cette phrase résume tout.

H : Oui, tu l’as montré dans le clip « Eveil ».

S : Oui. Cet homme a prôné la paix entre les hommes avec des mots vraiment forts. « Soit toi-même le changement que tu veux voir dans ce monde » ça rappelle qu’on doit aimer avant de vouloir être aimé. Ca rappelle que l’effort doit d’abord venir de nous. Un peu comme Michael Jackson avec le titre « Man In The Miror ».  Pour moi c’est la clef de voûte de tout ça.

H : Donc pour toi la musique peut servir à changer les mentalités ?

S : Je pense que la musique peut faire passer tous les messages. C’est un vecteur universel. Il y a toujours eu de la musique pour réunir les hommes, même au commencement avec le rythme des tam-tams. Elle est là pour amuser, dénoncer ou éveiller à certaines choses. Donc moi je suis du côté de l'éveil, s’éveiller avec la musique tout simplement. Je pense que la musique peut être un outil pour le changement.

H : En fait tu fais de la musique depuis quand ?

S : J’ai commencé à chantonner avec Michael Jackson, Dangerous, ou les Boyz II Men, Cooleyhighharmony. J’ai chanté avec des amis, j’aimais beaucoup les harmonies. Et vraiment à partir de 2000/ 2002 je me suis mis à écrire. Donc finalement ça fait depuis 2002 que je prépare cet EP.

H : Donc tu n’as jamais sorti d’album et c’est maintenant que tu a décidé de nous sortir tes singles ?

S : Ce n’est pas tout à fait maintenant. En 2011 j’ai sorti une reprise d’Usher, « U remind Me ».

H : Ah oui, j’ai entendu, c’est en créole.

S : Oui, en fait on devait sortir plusieurs reprises internationales façon créole. Mais les gars avec qui je bossais ne pouvaient plus. Donc je suis parti sur autre chose avec Sskyron. Et on est très vite devenu ami. On a évolué un petit peu en même temps, même si on a quand même dix ans de différence. Il a 26 ans je crois, et moi 36.

H : Et vous avez les mêmes objectifs ?

S : Tu sais, moi je n’aspire pas à avoir une immense carrière de super star. C’est comme si on m’avait donné une mission, faire passer un message, et quand il sera passé je pourrais passer à autre chose. Je ne me focalise plus sur la carrière. Je sors l’EP et après je verrais bien ce qui se passe.

H : C’est la façon de vivre des super stars qui t’as démotivé ?

S : Je ne suis pas très bling bling en fait. Je ne cherche pas le côté populaire en fait. C’est un peu contradictoire parce que je voudrais que le message passe pour le plus grand nombre, sans avoir le côté « Ah c’est lui qui a chanté ça. » Je me fiche qu’on sache que ce soit moi ou pas. Donc le principal pour moi c’est que les gens comprenne le message. Si éventuellement je peux toucher une personne qui pourra convaincre d’autres personnes, le pari est gagné.

H :  Quelle est ta chanson préférée ?

S : J’aime bien « Au nom des miens ». C’est un titre que j’ai remixé avec Sskyron et qui parle de toutes les conneries qu’on peut faire en tant qu’être humain, et le fait qu’on doit dire pardon à la planète, parce qu’on lui fait du tort. Et puis il y a un autre titre intitulé « Humain ». Ca parle de ce qui fait qu’on peut parler d’humain. A une époque les noirs de peau était considéré comme des animaux, et c’est vraiment impensable aujourd’hui. Et enfin le titre « Eveil », que j’ai écrit en 2016, et qui parle vraiment de changer le monde, se changer d’abord pour changer les choses. J’essaie de montrer que la consommation est une forme d’esclavage, et qu’il faut trouver notre vraie liberté. Eveil pour moi incite au partage et à l’amour.

H : Qui sont pour toi les artistes qui essaient de faire passer ce message ?

S : Il y en a plein heureusement. Moi j’ai retenu Patrice, Kery James, Keny Arkana ou Youssoupha. Il y a des gars comme IAM aussi, leur dernier album se nomme « Rêv-olution ». Je me cantonne un peu au rap mais on retrouve aussi des artistes dans la pop et le rock. Des artistes sont assez revendicatifs. Il y a une espèce de combat naturel.

H : Donc tu veux les aider et être un nouveau soldat ?

S : Oui, je me vois comme soldat de la terre en fait. Avec le peu de moyen que j’ai j’essaie de faire passer ce message là.

H : Merci en tout cas.

 https://sameveil.bandcamp.com/releases

Propos recueillis par Hanazade

Commentaires (0)

Connectez-vous pour commenter cet article