Patrice "Il faut rééquilibrer les standards."

16 avril 2017 - 820 vues

Soul Addict est parti à la rencontre de Patrice, dont le dernier album « Life’s Blood » a déjà marqué les esprits. Cela va faire déjà une dizaine d’années que l’artiste a conquis le cœur des français. Connu avec le premier succès de son album « Lions », il poursuit sa carrière avec toujours plus de valeurs et d’authenticité. Initiateur de la musique « sweggae », il a désormais son propre label Supow Music où ils travaillent à propager sa musique. Désormais en tournée internationale, nous l’avons retrouvé juste avant qu’il monte sur scène, au Plan à Ris-Orangis. Infatigable, la veille il venait de faire danser tout le public de l’Olympia à Paris.

Hanazade : Bonjour Patrice. Nous te félicitons pour ton album « Life’s Blood », très réussi. Nous adorons le clip « Burning Bridges ». Où l’as-tu tourné?

Patrice : C’était en Jamaïque, mais j’ai essayé de trouver des endroits qui ressemblaient un peu à l’Afrique de l’Ouest. Pourtant je ne voulais pas faire cliché. On a mélangé des danseurs traditionnels avec des danseurs modernes. La danse raconte une histoire, et on peut voir les racines à travers elle.

H : On sait que tu as plusieurs origines, allemande et sierra-léonaise. Tu as même vécu en France à Paris. Où vis-tu aujourd’hui, es-tu citoyen du monde ?

P : Je vis à New York, à Brooklyn précisément. Peut-être que je suis citoyen du monde oui. En fait je suis ma famille. Mais j’aime beaucoup la campagne. Je la préfère à la ville. Quand je suis en tournée je profite des grandes villes mais j’apprécie la nature. Ca peut être n’importe où.

H : Tes textes sont très humanistes, tu écris toutes tes chansons ?

P : Oui, j’écris. Parfois je peux écrire avec les autres. Pour « Burning Bridges » j’ai écrit avec Picard Brothers, Mo & Diplo. J’essaie juste de donner ma perspective des choses, ce que j’observe. Ca peut être existentiel ou même humaniste. Je peux aussi parler d’amour. Tout ce qui me concerne. J’essaie juste de rendre ça pertinent.

H : Dans le clip « We are The Future In The Present » on voit des manifestants. Peut-on te considérer comme un activiste de la paix ?

P : En fait je cherche la justice avant la paix. Dans tous les pays on apprend des choses différentes. Et c’est ça qui crée parfois la division. Avec internet il faut parfois faire attention à toutes les informations qu’on reçoit. Mais l’information reste universelle et si on veut on peut la gérer. On peut rester neutre et retenir les faits.  Dans « We are The Future In The Present », je voulais dire que j’aime le présent et le futur métissés, culturellement. Je pense qu’il y aura toujours des mouvements démocratiques dans le monde.

H : Au jour d‘aujourd’hui penses-tu que les hommes peuvent être égaux en droit ?

P : Des inégalités restent et il y a beaucoup d’injustices. Pour moi ça rejoint la chanson de Bob Marley, « War ». Il chante « Until the Philosophy which hold one race superior And another Inferior ». Et c’est ça, il faut que la philosophie et les paradigmes de tous les pays se rejoignent. Si on est né en France, on a des privilèges. Si on est né en Sierra Leone, on a moins de valeur. Il faut rééquilibrer les standards. On ne peut pas vivre mieux que les autres parce qu’ils sont loin. Je sais qu’on peut vivre bien ensemble.

H : Que peut-on faire pour lutter contre ces injustices ?

P : Nous ne sommes sans doute pas prêt à tous s’élever pour faire basculer les inégalités. Et ça doit changer. La France continue a percevoir la dette coloniale, elle s’enrichit avec les richesses d’Afrique. Et là bas en Afrique, malgré les ressources abondantes, des gens restent pauvres. C’est là le problème de notre époque. Et c’est insupportable de continuer comme ça. On nous fait croire qu’ils ont besoin de nous et on fait des dons, mais ils ont des diamants, du cuivre et de l’or. Alors il faut la justice d’abord, ensuite il y aura la paix. Dans mes clips j’essaie de créer des images très royales, très aristocrates. Dans « We are The Future In The Present », on retrouve ma sœur monter sur un cheval en Egypte. C’est pour montrer la grandeur africaine.

H :Tu arrives à créer avec beaucoup d’artistes, j’ai adoré ton duo avec Selah Sue sur « Faces ». Et toi, quel est ton duo préféré ?

P : Je ne sais pas. J’aime bien écrire avec un artiste, on part de zéro et puis parfois je peux faire un duo. Des fois c’est déjà préparé, on te donne un couplet ou un refrain. J’aime beaucoup le featuring avec Guts « Want It Back » ou même ma collaboration avec Ayo.

H : Donc tu as ton propre label, Supow Music et tu produis d’autres artistes. Tu as donc un double métier, producteur et artiste ?

P : Oui, même triple. Je réalise des clips aussi. Mais ma passion reste la musique. Je fais de la musique et je me dis, ça ça peut être bien pour elle. Parfois j’écris pour les autres, parfois pour moi. Ca dépend les moments. Mais quand je me concentre sur mon album je prends la plupart du temps pour moi. Noraa sera la prochaine artiste que je produis. Elle va faire ma première partie. Son single s’appelle « By You ».

H  Quels sont les artistes que tu écoutes le plus en ce moment.

P : Pour tout dire j’écoute beaucoup la musique que je fais, celle de mes artistes. Sinon c’est que je suis en club. C’est juste pour me détendre. Par exemple j’ai un ami qui est comédien, humoriste, et lui quand il n’est pas sur scène il est très profond, philosophique. Et moi quand je ne bosse pas, « I just wanna have fun ». J’écoute la musique sans y penser. Là c’est Stefflon Don « Sixteen Shot ». C’est juste pour le moment et après ce sera autre chose. J’aimais beaucoup Samory « Rasta Nu Gangsta ». Le dernier album que j’ai acheté c’est celui de Sampha. Il vient de Sierra Leone.

H : Peut-on toujours dire que tu fais du sweggae ?

P : Si on peut dire, pour moi les frontières entre les genres musicaux n’existent pas vraiment. Il manque toujours le mot pour qualifier ce que je fais. Il y a toujours l’esprit du reggae de Bob Marley, mais c’est juste modernisé. Je mélange ça avec ce qu’on aime à une certaine époque. Par exemple si tu écoutes « Soulstorm », ce n’est pas loin de là.

H : Merci beaucoup, on réécoutera ce tube avec plaisir.

P : Merci à vous.

Propos recueillis par Hanazade

Sur le même sujet

Commentaires (0)

Connectez-vous pour commenter cet article