Le décryptage de Jailyn, "That Thing" de Lauryn Hill

30 avril 2017 - 673 vues

Cette semaine c’est le tube  de Lauryn Hill « That Thing » qui est mis en lumière, premier single de son album phare « The Miseducation of Lauryn Hill ». « That thing » ou « Doo wop » est une chanson au rythme plutôt entraînant qui donne envie de danser. Pourtant Lauryn Hill, sur le ton d'un pasteur dans une église, y évoque une thématique pas très gaie puisqu’elle y dénonce les travers des hommes et des femmes pour conclure à la nécessité de se méfier en amour.

Dès les premières secondes, nous sommes entraînés par la frénésie du refrain au cours duquel la chanteuse répète aux femmes de faire attention car certains hommes ne courent qu’après une seule chose :  "that thing".  Elle ne l'explicitera jamais même si on on devine de quoi il s'agit.

Lauryn annonce son intention prédicatrice en faisant référence, parallèlement au refrain, aux prêcheurs musulmans qui dans le New York populaire interpellaient hommes et femmes avec "Yo my men and my women" pour leur faire des rappels à la religion. Ils répétaient ainsi "Don't forget about the deen, Sirat Al Mustaqueem." Le « deen » se rapporte en arabe à la religion musulmane. Quant à la Sourate Al Mustaqueem, elle signifie « Le droit chemin ». Lauryn est bel est bien chrétienne mais cette référence illustre certainement une certaine diversité culturelle à laquelle elle a été exposée.         

Dans le clip, Lauryn se dédouble pour faire passer son message à l’occasion d’une Block party où tous les regards sont posés sur elles. Elles, au pluriel, puisque sur scène se produisent Lauryn la chanteuse, douce, locksée, naturelle et Lauryn la rappeuse, pétillante, prêcheuse, apprêtée. Dans son premier couplet (verset) l’ex-membre des Fugees s'adresse aux femmes. Dans le second, elle s'adresse aux hommes.

 Gare aux hommes qui ne courent qu’après cette chose

Dans le premier long verset couplet, Lauryn décrit la situation dans laquelle se trouve la femme qui pendant des semaines essaie de contacter l'homme avec qui elle a couché trop tôt et qui ne l'a jamais rappelé. Sur un ton très cru et familier, elle demande aux femmes d’assumer leur part de responsabilité dans ce genre de situation. Dans le cas qu’elle décrit, elle rappelle que l'homme a bien alerté la femme sur ses intentions réelles en lui disant rien ne l’importait plus que l’argent. "'Member when he told you he was all bout the Benjamins ?" Dans l'argot américain, "to be all about the Benjamins" signifie, pour celui qui le proclame qu'il n'obéit qu'à la seule loi du Dollar, « Benjamin », faisant référence au portrait de Benjamin Franklin sur le billet de 100 dollars.

 Elle reproche à cette femme de s’être voilé la face en ignorant cet avertissement. Elle la blâme de feindre ne pas avoir désiré une telle situation alors même qu’elle a pris l’initiative de rappeler cet homme malgré tout. Elle censure le comportement de celle qui se donne trop facilement en expliquant que dans une telle circonstance, l’homme ne lui accordera aucune confiance ni valeur puisqu'il se dira que si elle l'a fait une fois, elle le refera de nouveau. 

Sur un ton de plus en plus véhément, la rappeuse s’attaque ensuite à celles qui mettent en avant leur foi religieuse lorsque leur pudeur ne suit pas. Elle parle des chrétiennes, puis des musulmanes qui forniquent, comparant ces actes au pêché de Jezebel, une figure biblique associée à l’immoralité sexuelle. Lauryn invite ces femmes à s'interroger sur les conséquences de leurs actes et les exhorte encore une fois à prendre leurs responsabilités.  

La prêcheuse déplore enfin la mode consistant à ne plus se vêtir. "Showing off your ass cause you're thinking it's a trend". Elle adopte ensuite un ton plus empathique, encourage les femmes à se respecter davantage mais surtout à cesser de prendre la défense de ces hommes qui les traitent mal.

On comprend que le sujet lui tient à cœur parce qu'elle a entendu les mêmes sermons, qu'elle est humaine, qu’elle aussi a commis des erreurs qui lui ont permis d'acquérir une certaine sagesse qu'elle communique via son prêche. Elle demande enfin aux femmes de bien retenir la leçon et en profite pour lancer une petite pique à l’attention de certaines afro-américaines qu’elle accuse de vendre leur âme et de renier leur identité en portant des cheveux d'européennes ou de faux ongles posées par des coréennes.

Elle leur demande de revoir leur attitude. "Come again". Sur cette note intervient le refrain dans lequel Lauryn incite les hommes à se méfier de ses femmes qui ne recherchent qu’une seule chose : « that thing ».

Gare aux femmes qui ne courent qu’après cette chose

Dans le second verset couplet, Lauryn dresse le portrait de ces hommes plus intéressés par leurs jantes et leurs Timberlands que par leurs femmes. Elle fusille ces hommes qui arpentent les boîtes avec leurs amis tels des hooligans, qui parlent mal sans se soucier des personnes qu’ils offensent.

Elle parle de ces hommes qui se promènent toujours avec un pistolet, calé contre leur caleçon, ceux-là mêmes qui ont l’air bien sous tous rapports mais vivent encore au sous-sol, chez leurs parents. Elle fustige ces hommes préoccupés par leur apparence mais incapables de prendre soin de leurs trois voire quatre enfants, constamment traduits en justice parce qu’ils manquent à leur obligation de payer la pension alimentaire de leurs enfants.

Elle est intraitable face aux hommes vénaux, Don Juan, briseurs de cœurs qui se demandent encore pourquoi certaines femmes éprouvent une haine à leur égard. Elle s’en prend aux hommes sournois qui sévissent en silence, aux voyous coupables de violences domestiques, aux hommes volages qui agissent comme des garçons et refusent grandir. Elle estime qu’ils ne pourront jamais réussir dans la vie tant qu’ils n’auront pas lavé leur cœur : « How you gon win when you ain’t right within », martèle-elle. « Come again », conclut-elle, injonction par laquelle elle leur demande de changer de comportement.

En conclusion, dans « Doo wop », Miss Hill fait état de nombreuses problématiques relationnelles qu’elle a pu observer autour d’elle. On comprend que son but est d’assainir les relations entre les hommes et des femmes afin que dominent le respect de soi et le respect de  l’autre.

Par: Jailyn

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