Kelyan Horth « Le talent ne ment pas. Peu importe ce que tu fais, les gens ne peuvent pas te le retirer.»

01 juillet 2018 - 933 vues

Soul-Addict est parti à la rencontre de Kelyan Horth, musicien professionnel actuellement en train d’enregistrer son deuxième album, Orijin. C’est sans doute le projet le plus important sur la musique noire internationale que nous attendons actuellement. Avec plus de dix ans d’expérience, multi-instrumentaliste, Kelyan maîtrise principalement le piano, mais aussi la basse, et un peu de batterie. Auteur, compositeur et arrangeur, il a pu travailler avec de nombreux artistes en France ou dans le monde, mais il est aujourd’hui focalisé sur ses projets en tant qu’artiste indépendant. Il a ouvert son propre studio dans le XXe à Paris et son label MMBS (Music Made To Be Share). Kelyan loue aussi régulièrement ses murs à d’autres artistes. Mais ses ambitions sont plus grandes « Ca ce n’est rien. On ouvrira plus grand. J’espère avoir un immense studio et proposer encore plus de prestations, et même des formations. Je voudrais vraiment développer quelque chose. Pourquoi pas un jour une école avec un vrai campus et des cours magistraux pour les jeunes artistes. » Il explique « Aujourd’hui l’école de musique en France s’appelle Le Conservatoire, il y a déjà un problème dans le nom. Le principe de la musique actuelle en France est de conserver ce qui s’est fait avant, et pas forcément de le faire évoluer. » En effet, ce côté conservatoire est très français. Il concède, « Je n’ai aucun problème à jouer du Debussy. Mais à l’époque où il a joué ce morceau, il a créé quelque chose. Et il ne l’aurait pas créé s’il était au Conservatoire. Il l’a créé parce que tous ses sens étaient éveillés.  On ne lui a rien imposé. Je ne connais personne qui sort du conservatoire et devient un Debussy. » L’audace est donc le maître mot de Kelyan. Le jeune artiste cherche à créer tout un concept qui pourra permettre d’éveiller les gens.

Durant deux mois, il a lancé une cagnotte Ulule pour financer son nouvel album Orijin et pouvoir ainsi accélérer sa création, mais il n’a malheureusement pas atteint les 10 000 euros espérés. 10 000 euros pourquoi ? Nous allons aujourd’hui vous l’expliquer. Peut-être un peu trop tard, mais avec Kelyan rien est encore joué. Il l’a dit « C’est sûr le projet sortira un jour. Cela prendra plus de temps mais je le sortirais. » Et toute la rédaction de Soul-Addict le soutien pour ! S’il a un compte Paypal, nous sommes preneur. Et nous vous ferons suivre tous ses liens dans les réseaux sociaux.

Kelyan Horth vient de Guyane française mais il est né dans le 14e, à Paris. Il nous explique qu’à l’époque la péridurale ne se pratiquait pas sur l’île ce qui a obligé sa mère à se déplacer pour avoir ses trois enfants. Il a grandi en Guyane et a réellement connu la métropole qu’à ses dix-sept ans. Rien ne le prédestinait à la musique. Son père travaillait à France Telecom, Orange aujourd’hui, et pratiquait juste un peu de poésie et de piano. Sa mère chantait plus jeune à l'Eglise. Son amour pour la musique est arrivé très jeune, à l’improviste, lors d’un voyage à Londres. « J’ai eu de la chance d’avoir des parents qui m’ont fait voyager ».  Sa mère raconte qu’à l’âge d’à peine quatre ans il s’est faufilé pour jouer du piano chez leur hôte. Il répétait sans cesse la même mélodie. Il était sûr de lui, comme s’il savait ce qu’il faisait. Suite à ça, et son intérêt grandissant, elle l’a inscrit en Guyane avec un professeur classique. L’endroit où il s’est le plus exercé c’est à l’Eglise. Cela l’a obligé à travailler sans filets, sans partition. Il a appris à s’adapter aux gens. Il a su improviser sur des chansons locales, tout ce qui est zouk, reggae et kompa. Il a pu découvrir les chorales de gospel et de jouer avec elles là-bas.

Ce qu’il écoute en général est très large. La curiosité de Kelyan ne s’arrête pas. Cela passe par des musiques indiennes, de films de Bollywood, il y a aussi de la musique K-Pop. Passionné de la culture asiatique, quelle soit japonaise ou même coréenne, il avait aussi des amis chinois en Guyane qui lui ont fait découvrir leur musique. Ce qui est marrant c’est qu’il découvre à peine maintenant des morceaux de Michael Jackson. Comme des artistes du répertoire français.

A l’origine il voulait faire ses études aux Etats-Unis, mais ses frères étaient déjà installés en Métropole. Il est arrivé à Paris après son baccalauréat. Il était décidé à faire de la musique. A l’époque en Guyane il ne pouvait pas faire un cursus poussé. Même si aujourd’hui il y a désormais la possibilité d’obtenir une licence en musicologie là-bas. Il a fait une école privée appelée l’American School. Il reste déçu de la qualité des cours, des locaux ou même la formation dans son ensemble. Son arrivée a été difficile. Passer de la chaleur au froid de la capitale ce n’est pas évident. Mais Kelyan n’abandonne jamais. Il affirme « Le talent ne ment pas. Peu importe ce que tu fais, les gens ne peuvent pas te retirer ça. Ton talent c’est ton talent. » Il a fait également preuve de sérieux et de professionnalisme. Il a toujours eu à cœur d’arriver en répétition avec le son, et connaître le morceau sur le bout des doigts. Des choses toutes bêtes qui sont pourtant essentielles.

Il a pu travailler avec des artistes de tous les genres. Il y a eu Doc Gynéco, ou même Natasha Saint Pier et Matt Pokora. Ses collaborations américaines lui ont montré une autre façon de travailler, les artistes gospels anglo-saxon ont une soif de musique insatiable. Même à la sortie d’un concert ils peuvent repartir pour une répétition ou une Jam. Mais ce qui l’a marqué c’est la création de son premier album Mesmeric Man (l’homme magnétique en français). Il avait écrit les compos depuis longtemps. Réaliser son concept a été une vraie révélation. Il a invité plusieurs amis à lui, que ce soit des musiciens ou même la magnifique jeune femme sur la pochette. Le projet est sorti en Juin 2017. Défendre un projet à lui était différent. Il a pu retourner en Guyane chanter ses chansons. Il n’a jamais eu de trac particulier, même pour de gros projets. Ca ne l’a jamais stressé, pour lui c’est comme un jeu. Mais le jour où il devait présenter son album ce n’était plus la même chose « J’avais l’impression d’être un jeune pianiste qui passait une audition pour rentrer au conservatoire. » C’était comme la première fois qu’il se présentait devant le public. Il s’est demandé comment se présenter, que dire aux gens. Il pensait au temps qu’il allait prendre. C’était vraiment un nouveau départ. Mais cela lui a plu.

A présent il lance son nouveau projet Orijin, récit sur la cosmogonie égyptienne. En Egypte on retient au moins trois ou quatre récits sur la création de l’humanité. Passionné d’histoire il s’est rapidement intéressé au sujet. Il s’est intéressé à l’Egypte en particulier mais son intérêt pour l’histoire est large et il s’intéresse à la cosmogonie en général. Il sait que lui à des origines du Bénin, République du Dahomey. Cela aurait été plus proche de lui, mais il a aimé l’approche plus poétique de l’histoire égyptienne. Il y a des rapprochement avec le récit biblique mais les métaphores sont différentes. On retrouve le grand chaos, puis le réveil de Dieu avec chaque jour la création d’un élément. Chaque élément, que ce soit Ra, Isis, Osiris ou Horus. Chacun aura une fonction pour l’équilibre de l’univers. Kelyan a donc cherché à pousser la réflexion de son projet très loin. Il a cherché à répondre à la question des origines des hommes noirs, et quelle est leur histoire au-delà de la traite négrière. Il n’a jamais pu lui-même découvrir un tel projet dans le monde de la musique. Si ce n’est Malavoi qui a été accompagné d’un orchestre. Il a alors réalisé un vrai travail d’orfèvre avec des influences variées. Avec Orijin,  Kelyan voudrait retrouver ce soucis du détail. Le but étant de montrer que la musique noire est plus riche que celle connue à travers le zouk ou le kompa. Tant de musiques africaines restent inexploitées. « C’est vraiment ça le point culminant. Faire un mélange de la culture africaine et caribéenne. » Il voudrait combiner autant d’influences jazz, pop, ou gospel. Un seul morceau traite de l’Egypte, le morceau Guizeh. Nous irons aussi en Afrique subsaharienne mais aussi aux Caraïbes. Nous serons sur un navire où nous traverserons les colonies et les pays d’Afrique. On pourra bénéficier d'un DVD et d’un livre. Kenyan partira un peu comme un reporter à la rencontre de témoins de l’histoire. Il jouera sa musique en live dans les pays dont il parle. Il a déjà fait un gros travail de fond dans la documentation. Nous devons juste l’aider.

Orijin a besoin de moyen et de rayonnement « Je ne veux pas que le projet sort et passe à la trappe. Je voudrais qu’il est un impact sur le plus grand nombre. » Il a donc attendu d’avoir avancé dans sa carrière avant de le développer, même si l’idée date de plusieurs années. La première vidéo de présentation est très intéressante. Elle nous donne de l’espace dans un monde étriqué. C’est Kelyan qui l’a réalisé et nous a littéralement téléporté. « J’aime bien secouer un peu les consciences des gens. Plein de gens ne m’attendaient pas sur ce créneau là parce que je suis chrétien. Mais j’ai eu la chance de m’intéresser à de nombreuses mythologies durant mes études. » Il est donc parti à la recherche d’images qu’il a pris dans le monde qui l’entoure. Il s’est beaucoup impliqué. Il est allé chercher le sable désertique en France, aux Dunes du Pilat. Il s’est entouré de l’équipe qu’il avait sur Mesmeric Man avec Mathieu Edwards, Yannick Peraste. Ils attendaient tous le bon moment pour se lancer. Leur emploi du temps est très chargé mais ils ont pu travailler beaucoup en amont. Les morceaux ne sont pas définis, mais le fil conducteur lui est clair.

« L’esclavage est toujours là, il a juste changé de forme. En Martinique les békés ont toujours le monopole. Les pays africains indépendants arrivent à connaître un essor fulgurant. Je suis persuadé qu’un marché émergent va bientôt arriver. Kenya, Nigéria, Côte d’Ivoire… Le jour où les africains ne seront plus spoliés de leurs richesses et les exploiteront vraiment, ils réaliseront des choses incroyables. Je pense que ce jour arrivera bientôt. Quand on regarde le Brésil, il devient une nouvelle puissance mondiale, alors qu’il y a quinze ans ce n’était pas ce que c’était. Ancienne colonie du Portugal, le Brésil est plus puissant que lui aujourd’hui en terme de rayonnement mondial. » Nous espérons pour Kenyan le même tournant avec une belle réussite pour Orijin. En le suivant en masse nous pourrons l’aider à accélérer la sortie de ce fabuleux projet ! Les partenariats seront plus rapide. Il a prévu un magnifique orchestre symphonique, de nombreux musiciens, des guests internationaux, comme Esperanza Spalding, Tarrus Riley, Beethova Obas, Ralph Tamar et bien d’autres. Kelyan cherche également à concrétiser un partenariat avec Radio France qui faciliterait grandement dans la promotion.

Donc si vous voulez voyager et apprendre un peu plus de la musique noire , vous pouvez retrouver Kenyan Horth sur:

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Par: Hanazade MRADABI

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